Les Cahiers de l'Observatoire n°228, Juin 2006
La démographie des entreprises de TRM en 2005
Sans être alarmants, les indicateurs de la démographie des entreprises de transport routier de marchandises sont atones en zone longue et mauvais en zone courte. L’analyse mérite en effet de distinguer ces deux sous-secteurs ainsi que certaines segmentations. On arrive alors à quelques résultats atypiques, telle la mortalité infantile qui régresse, laissant la place à celle des sociétés plus expérimentées.
L‘organisme Cofacerating, spécialiste de l’information
financière (analyse, note, risque, recouvrement,…) tient à jour des
statistiques précises sur la vie - et donc la mort - des
entreprises françaises. Souvent interrogé sur l’évolution du nombre
de défaillances, notamment en période de crise, le CNR a pour
habitude de répondre par un panorama détaillé, au risque de
produire des analyses qui surprendront les lecteurs habitués aux
observations trop agrégées. Avec la publication récente par
Cofacerating des données 2005 en année pleine, il est temps de
faire ce point sur la démographie des entreprises de transport
routier de marchandises françaises. La présentation des résultats
et leur analyse est faite en deux parties distinctes pour les
sous-secteurs 602M : transport routier de marchandises interurbain,
et 602L : transport routier de marchandises de proximité.
La démographie des entreprises françaises de TRM
interurbain (602M)
Le niveau des créations d’entreprises de TRM interurbain chute
depuis 2001 et le mouvement semble s’accélérer. En 2005, cette
baisse relative des créations est 4 fois plus rapide que pour
l’ensemble des entreprises françaises.
Concernant les disparitions d’entreprises, il faut distinguer
les cessations des défaillances. Seules les secondes correspondent
réellement à des entreprises en difficultés. Dans les cessations,
il y a notamment toutes les entreprises dont le fondateur met un
terme à sa carrière de transporteur. Le niveau des cessations est
quasiment stable sur 2004-2005. Avec 84% des cessations, les
cessations pures dominent, le reste étant composé de cessions de
fonds et de fusions-absorptions. Signalons toutefois que le choix
d’une cession de l’entreprise se développe fortement (+26,5% sur
2004-2005).

Pour ce qui est des défaillances, à l’exception d’un pic en
2003, son niveau est stable sur la période 2001 à 2005, avec
environ 528 entreprises par an. Cette stabilité doit être notée,
dans un contexte économique très difficile pour le TRM et en
comparaison à un niveau de défaillances qui progresse de 1,6 % pour
l’ensemble des entreprises françaises.
En 2005, ce sont les très petites entreprises (moins de 5
salariés) et les jeunes entreprises (moins de 5 ans) dont le niveau
de défaillances baisse significativement. Sur longue période, on
peut en revanche observer certains phénomènes atypiques, et
inquiétant pour le secteur :
• les défaillances d’entreprises de 5 salariés et plus
s’envolent (d’un facteur 3, voire 4, selon les années prises en
comparaison),
• le nombre d’entreprises âgées de 5 à 10 ans qui connaissent la
défaillance a été multiplié par 5 en 3 ans (2002-2005),
• le nombre des entreprises âgées de plus de 10 ans qui
connaissent la défaillance est supérieur à celui des entreprises
jeunes (moins de 5 ans), c’était l’inverse jusqu’en 2003.
Au total, ces créations moins ces disparitions conduisent à une
réduction significative de la population des entreprises de TRM
interurbain. Les effectifs fondent de 306 sur environ 13 000, soit
2,4%. Ce phénomène s’accélère : il est 19% plus élevé en 2005 qu’en
2004. Ces pertes d’effectifs peuvent aussi se traduire par un
indice de dynamisme inférieur à 1. Or il est de 0,7 pour le TRM
interurbain en 2005, ce qui signifie que pour une entreprise qui
disparaît, seulement 0,7 se crée. Les cassandres y verront le
déclin, les optimistes l’amorce de concentration du secteur. Ce
même indice de dynamisme appliqué à l’ensemble de l’économie
française est de 1,61.
La démographie des entreprises françaises de TRM de
proximité (602L)
Concernant le TRM de proximité (602L), la démographie, dans ses
résultats détaillés, se profile différemment de celle du TRM
interurbain. Le rythme des créations d’entreprises de TRM de
proximité baisse, en 2005, deux fois plus vite que la tendance
moyenne de l’ensemble des entreprises françaises.
Le nombre de cessations, notamment les cessations pures, diminue
fortement. Conjointement, les cessions de fonds et les
fusions-absorptions gagnent un terrain significatif, mais elles
pèsent toujours moins de 10% du total des cessations
d’activité.

Le niveau des défaillances a augmenté fortement : +5,8%, soit
3,6 fois la tendance moyenne de l’ensemble des entreprises
françaises. La contagion gagne principalement les entreprises de
tailles moyennes et grandes ainsi que les entreprises d’âge mûr.
Seule la catégorie des entreprises de moins de 5 ans connaît une
baisse de ses défaillances.
Au bilan, la population se contracte de 101 unités, c’est 50% de
pertes de plus que l’année passée et cela pèse 0,5% des effectifs.
A 0,95, l’indice de dynamisme est tout juste inférieur à 1 et n’est
pas en phase avec l’ensemble des autres secteurs de l’économie
française qui, en tendance centrale, crée des entreprises.
Le taux de défaillances
Le vrai indicateur de sinistralité d’un secteur est le taux de
défaillances. Pour le calculer, il faut connaître le nombre
d’entreprises existantes, aussi appelé "stock" dans les
statistiques démographiques. Seul l’Insee communique cette donnée.
Malheureusement, les statistiques de défaillances (et de créations)
produites par l’Insee ne coïncident pas avec celles de
Cofacerating, et bien que ces deux organismes aient été interrogés
sur la question, les écarts demeurent inexpliqués. Il ne faut donc
pas mélanger les données de stock Insee avec celles de défaillances
Cofacerating, ces dernières ayant tout de même été retenues pour
leur niveau de détails. Seul sera donc affiché ici le taux de
défaillances, entièrement calculé avec des données Insee.
Sur ce critère du taux de défaillances, 602 M et 602 L se
ressemblent. Mais il est surtout frappant de voir les taux de
défaillances des sous-secteurs TRM interurbain et TRM de proximité
peser plus du double de ceux de la tendance moyenne de l’économie
française. Même au sein du secteur des transports, légèrement au
dessus de la tendance nationale, le TRM se distingue
tristement.
Taux de défaillances des entreprises françaises de
transport

Par ailleurs, il semble délicat de déceler une évolution
franche, à la hausse ou à la baisse, de ces taux de
défaillances.
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Le premier enseignement à tirer de ce panorama démographique des
entreprises de transport routier de marchandises, est l’absolue
nécessité de distinguer les deux sous-secteurs : TRM interurbain
(602M) et TRM de proximité (602L).
En TRM interurbain, le tableau dressé donne peut-être l’image
d’un secteur en phase de concentration, celle tant attendue, pour
le bien de la profession. Les créations baissent, les cessions de
fonds augmentent, et surtout les défaillances se maintiennent alors
que la conjoncture fut exécrable en 2005 : hausse de 20% du coût du
gazole et baisse de 2,4% de la demande de transport en zone longue.
Rappelons que la demande est le premier déterminant de la santé des
entreprises de TRM.
De son côté, le TRM de proximité subit ses vieux démons : le
turn-over y est élevé avec 10% de créations, 5% de cessations et 5%
de défaillances. Et ces défaillances, où les entreprises de moins
de 5 salariés représentent 93% des blessés, s’amplifient en 2005,
concomitamment à une baisse de 1,8% de la demande de transport en
zone courte.
Ces profils démographiques 602M et 602L différenciés, la
recherche de facteurs conjoncturels expliquant les évolutions des
défaillances de ces deux sous-secteurs, l’analyse financière des
entreprises de taille moyenne en TRM interurbain, sont autant
d’approfondissements qu’une prochaine étude des Cahiers de
l’observatoire proposera sous peu.
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Source : cofacerating – insee
Alexis Giret
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