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Les Cahiers de l'Observatoire n°224, Février 2006

Fiscalité locale : des hausses insupportables, surtout pour la taxe professionnelle

Avec plus de 50 milliards de prélèvements en 2005 pour les budgets des collectivités locales, plus encore que le montant, c'est la dérive des taux d'augmentation qui est inquiétante. Ainsi, la taxe professionnelle augmente de plus de 20% dans les régions. Elle représente la principale source financière, de l'ordre de 27 milliards.


L'impôt prélevé par les régions est loin d'être le plus important des collectivités locales, cependant le taux d'augmentation ne manque pas d'être alarmant. Comme pour la plupart des collectivités, ces hausses seraient justifiées par des missions nouvelles (par exemple, la gratuité des livres scolaires dans les lycées). Tout dépend aussi de l'implication des régions dans le financement des emplois relais.

La fiscalité régionale

 

Evolution de la taxe professionnelle des régions en 2005 (en %)

L'une des causes importantes d'augmentations tient au coût des dessertes régionales ferroviaires (TER). En fait, il semblerait qu'à niveau de service constant, ces charges n'aient pas évolué, par contre, dans les années précédentes, sans doute trop de régions se sont engagées dans des programmes de développement, qu'elles doivent aujourd'hui payer.

Concernant la taxe professionnelle, ce qu'il faut observer, ce sont les écarts énormes entre le Limousin(+1,7%) et le Languedoc-Roussillon (près de 80%).

La fiscalité départementale

Pour les départements, la fiscalité augmente de 4,4% en 2005 (après 3,5% en 2002, 3,9% en 2003 mais seulement 1,2% en 2004). Il s'agit des 4 taxes directes : taxe d'habitation (TH), taxe sur le foncier bâti (TFB), taxe sur le foncier non bâti (TFNB), taxe professionnelle (TP). Les écarts évoluent en 2005 de +1,1% pour la Lozère à +16,7% pour le Vaucluse. Les dépenses de fonctionnement sont de l'ordre de 70%. Elles représentent, pour une grande part, le financement des prestations sociales, en croissance de 7% en 2005.

Dans la plupart des départements, il faut intégrer l'effet 35 heures qui s'est traduit par des embauches. Par ailleurs, il a fallu prendre en compte l'élévation du prix de la journée des établissements d'accueil, du salaire des assistantes maternelles ou encore du coût du transport scolaire. Il faudrait encore y ajouter, par exemple, la participation du département au fonctionnement du service départemental d'incendie et de secours, en augmentation de 10%.

 

De nombreuses compétences ont été déléguées aux départements depuis plusieurs années, d'autres plus récemment. C'est le cas notamment du RMI, qui dépend de la compétence sociale des départements depuis le 1er janvier 2004. Le nombre d'allocataires du RMI a augmenté de 10% en 2004 ; les départements ont dépensé 4,65 milliards d'euros alors qu'ils n'avaient perçu que 4,2 milliards d'euros par l'intermédiaire d'un transfert d'une partie des recettes de la TIPP. Le Gouvernement a décidé d'attribuer une rallonge de 450 millions d'euros. En matière de taxe professionnelle, en 2005, le taux d'imposition varie de 6,51% pour le Calvados à 14,40% pour les Hautes-Pyrénées.

L'institution de l'allocation de l'Aide Personnalisée à l'Autonomie (APA), dont le nombre de bénéficiaires progresse, se traduit par des charges nouvelles bien supérieures aux dépenses consacrées à l'aide aux personnes âgées dans les années précédentes (3,6 milliards d'euros en 2004). Côté recettes, les départements ont aussi à subir l'effondrement de la vente de la vignette automobile. A l'inverse, il faut signaler le boum des produits des droits de succession ; droits qui augmentent de plus de 10% du fait du dynamisme du marché (11% du budget de fonctionnement).

On ne peut juger évidemment de la pression fiscale sur une année mais lorsque celle-ci est en forte hausse alors que la croissance (et donc l'emploi et les revenus) est faible, on ne peut que souligner son caractère irresponsable. Sur 5 ans (2001-2005), l'analyse des évolutions est plus pertinente. Sur cette période, pour la fiscalité globale des départements (TH, TFB, TFNB, TP), les écart sont tout aussi importants dans les départements (de 0% dans le Val d'Oise à 37,7% en Charente).

Pour l'ensemble des impôts locaux, les produits votés représentent plus de 50 milliards d'euros. Les communes récupèrent environ 65% de ces produits (dont 44% par les communes et 19% pour leur groupement). La taxe professionnelle constitue la ressource la plus importante : plus de 44%, soit 23,6 milliards. Ce sont les communes qui en bénéficient le plus : 15 milliards, dont 10 milliards pour les groupements). Les taxes foncières (propriétés bâties et non bâties) génèrent plus de 17 milliards, dont 16,5 milliards pour les propriétés bâties. La taxe sur le foncier non bâti est surtout destinée aux communes rurales. La taxe d'habitation est de l'ordre de 12,5 milliards. Les deux tiers sont destinés aux communes, les départements en retirent 3,9 milliards tandis que les régions ne la reçoivent plus.

Beaucoup de grandes villes dérapent aussi

L'un des aspects importants des dépenses concernent la politique des villes en matière d'emplois jeunes maintenus.

Dans les agglomérations (communes et groupements), au hit-parade des hausses, il faut signaler : Montreuil, Toulouse, Tourcoing, Toulon, St-Denis, Nîmes, Nice, Nantes, Nancy, Montpellier, Lille, Caen, Brest, Bordeaux, Avignon avec des taux de plus de 30% pour la taxe professionnelle ; parmi les plus faibles taux : Villeurbanne, Versailles, Tours, Paris, Metz ou encore Boulogne-Billancourt. Les taux varient du simple au double. En 2005, l'augmentation moyenne de la taxe professionnelle cumulée est de l'ordre de 4%, mais là aussi avec des différences importantes de 1,8% pour Lyon et Villeurbanne et jusqu'à près de 10% pour Montreuil et Marseille. Sur 5 ans, la fiscalité globale des agglomérations progresse de l'ordre de 2%, avec aucune augmentation pour Tours, Nice, Rennes, Paris, Le Havre, Cannes, Besançon, Argenteuil. Brest baisse même sa fiscalité de 3,4%. Dans le même temps la fiscalité de Marseille augmente de 11%.

 

L'argument qui consiste à estimer que l'augmentation de la fiscalité est due aux transferts de charges de l'Etat, non accompagnés des ressources correspondantes, n'est pas complètement faux. Pour tenter de respecter les critères du pacte de stabilité, l'Etat reporte des dépenses sur les collectivités locales ; deuxième facteur explicatif : la dérive de certaines dépenses sociales (APA, RMI, soutien emploi). Le RMI devient parfois un statut social qui n'incite guère à la reprise d'un emploi. Enfin des dépenses somptuaires ou, en tout cas, très au-dessus des moyens des collectivités (bâtiments, équipements, personnel, etc.). Bref, une gestion globale irresponsable d'un point de vue économique et qui démontre que l'incompétence en matière de gestion n'est pas seulement le privilège de l'Etat.

 

source : SFL-Forum ­ Les Echos ­ INSEE ­ Ministère de l'Intérieur ­ BREC

Gaston BESSAY


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