Les Cahiers de l'Observatoire n°224, Février 2006
L'autoroute de la mer : un nouveau concept ?
L'autoroute de la mer est-elle un nouveau concept du Livre Blanc de la Commission européenne sur la politique communautaire des transports, repris comme axe prioritaire de la politique nationale pour promouvoir un meilleur équilibre entre des modes de transport dominés par la route, ou tout simplement l'aménagement d'une ancienne formule, le cabotage maritime, dont la promotion est également souhaitée pour élargir la palette de dessertes entre régions européennes ?
Il s'agit manifestement d'un nouveau concept, mais
comme tout nouveau concept, il y a toujours la difficulté, d'en
définir les contours car il n'en existe pas véritablement
d'exemple, d'en préciser les modalités d'application sans que, de
manière récurrente, l'on ne retourne dans le travers de la
proposition d'anciennes formules.
Quant au contexte dans lequel ce nouveau concept s'inscrit, il
est certainement caractérisé par celui d'une performance du mode
routier qui, malgré les risques de congestion, la hausse des coûts
du carburant, continue toujours d'apporter une satisfaction
indiscutable aux chargeurs le long des grands axes européens. Cette
donnée doit être prise en compte, même si à terme on peut
s'inquiéter de l'impact d'une telle croissance du trafic routier au
regard des capacités d'infrastructure, de l'impact sur
l'environnement, des réserves pétrolières. L'intérêt de cette
nouvelle formule est probablement qu'elle ne doit pas se développer
contre la route mais au contraire avec les opérateurs routiers qui
n'en devront pas moins, le cas échéant, adapter leur logique
d'exploitation, d'utilisation des véhicules et des chauffeurs.
L'objet de cet article est de montrer en quoi le concept
d'autoroute de la mer doit être considéré comme un nouveau type
d'offre, qui s'inscrit dans une chaîne routière tout en favorisant
l'utilisation d'autres modes, qu'il est maintenant possible
d'envisager pour des grands axes européens de nouvelles stratégies
d'exploitation ; mais sa mise en œuvre suppose une mobilisation et
une coopération entre acteurs qui seuls peuvent en assurer la
pérennité avec le franchissement de "seuils", en termes de volumes
de trafic, à partir desquels les économies d'échelle deviennent
possibles et bénéfiques pour tous. Si les décideurs politiques
semblent en être convaincus à l'échelle nationale et européenne et
peuvent y apporter leur soutien, cette mise en œuvre ne pourra être
que le résultat d'actions engagées par les acteurs du
transport.
Pour mener à bien cette démonstration, trois points seront
développés :
* Montrer en quoi le concept d'autoroute de la mer est
bien un concept nouveau et comment il se démarque des solutions
plus traditionnelles de cabotage qui ont et concernent toujours
leur propre logique en intérêt économique.
* Montrer à partir de l'outil de simulation décrivant la
réalité du fonctionnement des chaînes de transport, porte à porte,
que le concept a bien un intérêt économique pour les opérateurs de
transport et les chargeurs, à condition de franchir certains seuils
de rentabilité économique pour un service banalisé, global port à
port (gate in/gate out). Cet intérêt mérite parfois que les
opérateurs reconsidèrent leur modalités d'exploitation pour
préserver leur performance.
* Et enfin, de montrer en quoi le succès de ces nouvelles
formules requiert la mise en œuvre de stratégies durables et de
coopérations entre les acteurs, comme cela devient d'ailleurs de
plus en plus le cas dans les processus d'intégration de chaînes
logistiques de transport.
L'autoroute de la mer : un concept nouveau
Une fois admis que l'autoroute de la mer s'adresse au
marché routier européen et aux opérateurs routiers, il en découle
des exigences de fiabilité, de flexibilité, et d'une manière
générale, de qualité et de prix à la hauteur des performances des
services "tout route" existants.
Puisque l'objectif est d'abord un rééquilibrage dans
l'utilisation des modes au sein d'une chaîne de transport routier,
il faut partir de ces exigences pour définir les caractéristiques
du service maritime et non faire la démarche inverse.
Les conséquences seront alors les suivantes :
* un niveau de fréquence élevé de l'ordre de 2 à 3
services par jour, suivant les distances à parcourir, à une échelle
qui est celle du marché de transport intermodal européen : plus le
maillon maritime sera court par rapport à la distance totale de
l'acheminement, plus les exigences de fréquences seront élevées
pour que les temps d'attente éventuels dans les ports aient moins
d'incidences sur les performances de l'ensemble de la chaîne de
transport,
* une fiabilité et une régularité des services associés à
un dispositif d'informations sur le suivi des marchandises, les
possibilités de réservation, les conditions d'accès aux ports,
* une simplification des opérations portuaires et une
tarification unique (gate in/gate out), avec des coûts de transit
portuaires bien inférieurs à ceux qui sont observés aujourd'hui,
notamment pour la manutention de semi-remorques,
* des objectifs de volumes traités bien supérieurs à ce
que l'on observe aujourd'hui dans le cabotage maritime, ce qui
permet d'ailleurs d'améliorer la productivité des opérations
portuaires,
* un marché visé qui est essentiellement un marché
européen de trafics diffus ; l'autoroute maritime ayant vocation à
capter, comme n'importe quel maillon d'autoroute, des flux région à
région à travers l'Europe, lesquels représentent rarement plus de 5
à 10 camions par jour.
Ainsi, le volume drainé devient plus comparable à un volume
routier sur un maillon d'autoroute, qui seul peut permettre des
conditions satisfaisantes pour le remplissage du navire et abaisser
le coût de manutention portuaire avec le recours à des équipes
travaillant sur des bases permanentes et des méthodes différentes ;
il s'agit d'abord d'un transport "non accompagné" afin d'utiliser
au mieux les capacités des navires et le temps disponible des
chauffeurs, mais qui peut impliquer une réorganisation de
l'exploitation routière à partir des ports d'embarquement et de
débarquement qu'il ne faudra pas sous-estimer.
Le problème n'est plus celui de la recherche d'un "fond de cale"
assurant le lancement d'un service dont la survie serait liée à la
pérennité de ce fond de cale ; le marché est celui de l'ensemble du
transport routier sur des grands corridors européens, l'intérêt du
service s'appréciant par rapport au positionnement du lien maritime
dans la géographie du réseau routier européen et par les gains de
coûts et/ou de temps qu'il est susceptible de dégager.
Si des gros chargeurs et opérateurs routiers peuvent, bien
entendu, être sollicités comme clients privilégiés, aucun d'entre
eux, ni même quelques uns, ne doivent avoir un rôle déterminant sur
l'existence même du service, comme pour l'exploitation d'un tronçon
d'autoroute qui ne peut dépendre des clients particuliers qui
l'utilisent.
L'autoroute maritime se présente donc de manière très différente
d'un service de cabotage traditionnel qui conserve toujours tout
son intérêt dans une chaîne logistique spécifique, adaptée aux
besoins d'un chargeur industriel ou de quelques chargeurs pouvant
équilibrer suffisamment leur flux, comme cela est parfois le cas
pour le transport d'automobiles ou des transports massifs de vrac
entre usines, et pour lesquels le transport de cabotage est
d'ailleurs plus souvent en compétition avec le train direct qu'avec
le transport "tout route".
L'autoroute maritime ne s'apparente pas, non plus, à un service
"ferry", qui se présente plus comme un point de passage obligé de
la géographie des réseaux européens sur des distances relativement
courtes.
L'autoroute maritime étant ainsi définie, comme maille d'un
Réseau Trans-Européen, la question est maintenant de savoir s'il
existe un potentiel de trafic suffisant pour qu'elle constitue une
solution alternative attractive pour les chargeurs et les
opérateurs de transport.
L'existence d'un marché "potentiel" pour les autoroutes
maritimes
L'étude de ce nouveau concept requiert l'utilisation de nouveaux
outils d'analyse.
L'outil développé par NESTEAR pour l'étude d'un marché potentiel
d'autoroute maritime se situe dans la ligne du développement de
techniques de Système d'Informations Géographisés (SIG) dans
l'analyse du transport, permettant de mieux décrire les itinéraires
et le passage par les nœuds au sein des réseaux. Les tests de
validation de l'outil ont été effectués dans le cadre de programmes
de recherche sur les Réseaux Trans-Européens dans lesquels ont été
testées des lignes possibles d'autoroutes maritimes.
L'outil se présente comme un outil de description de chaînes de
transport en Europe, porte à porte, pouvant utiliser différents
types d'itinéraires, y compris des itinéraires intermodaux avec
passage par des ports d'embarquement et de débarquement, et non pas
comme un modèle théorique "boîte noire".
Une fois décrit l'état des services de transport en termes de
coût et de temps (des qualitatifs de "qualité" peuvent être aussi
pris en compte), les itinéraires sont déterminés sur la base de
recherches de chemins "minimaux", en fonction de critères de temps
et de coûts, point à point, permettant de mettre en évidence, si
besoin est, les arbitrages possibles prix-temps du chargeur ou de
l'opérateur pour un transport donné.
Les simulations sont effectuées à partir d'une grille d'environ
2 000 points sur le territoire européen, ce qui revient à comparer
environ 4 millions d'itinéraires possibles ; travail qui ne serait
pas possible sans le recours à des techniques avancées de SIG qui
viennent d'être mentionnées.
Dans le cas qui nous occupe, une première hypothèse a été faite,
exigeant d'abord que l'autoroute maritime soit plus performante que
la route, porte à porte, en termes de coûts et de temps de
transport : on obtient alors ce qui a été appelé "le marché cible",
estimé en tonnes pour des relations et des itinéraires précis.
Toutefois, il est aussi possible d'introduire une certaine
tolérance sur le temps de transport dans la mesure où l'autoroute
maritime permettra de respecter des tranches de délais de 24
heures, 48 heures, 72 heures sur lesquels sont fondés
l'organisation du transport : la méthode permet ce type d'analyse
définissant un contexte plus général dans lequel l'organisation du
transport peut s'adapter, sans s'affaiblir, et définissant un
marché avec des volumes bien supérieurs que l'on a appelé "marché
de référence".
Les principaux enseignements de cette démarche sont les suivants
:
* Intérêt de considérer de manière concomitante des
données de temps et de coûts, qui interfèrent dans la mesure où un
allongement du temps signifie souvent un accroissement de coût mais
qui peuvent aussi donner lieu à des arbitrages, dans des limites
qu'il faut maîtriser pour ne pas perturber le fonctionnement de
l'ensemble de la chaîne mais au contraire l'améliorer ; il ne peut
être question d'un service "déprécié" offert en "solde" au chargeur
mais d'un service de meilleure qualité, ou de qualité équivalente,
avec un coût éventuellement plus faible : telle est toujours la
condition pour justifier un changement de comportement, voire une
adaptation de l'organisation du transport.
* Nécessité d'introduire une approche porte à porte :
l'opérateur de transport ne peut se satisfaire de considérations
trop générales sur des relations région à région, ou d'un
"barycentre" à un autre "barycentre" qui n'ont pas de réalité,
alors que le maillon terminal d'approche est souvent le maillon le
plus difficile et coûteux ; les résultats de la simulation montrent
clairement comment certaines relations peuvent "basculer" vers de
nouveaux services, alors que cela ne sera pas le cas d'une relation
voisine.
* Importance de la prise en compte de la réglementation
des temps de repos et des temps de conduite, ainsi que des
hypothèses de vitesse permise sur le réseau (ou possible) pour
chaque maillon, comme d'ailleurs le font beaucoup de logiciels
utilisés par les transporteurs routiers : les résultats seront très
sensibles à ces hypothèses et notamment à celles de l'application
de la réglementation des temps de repos et de conduite qui
deviendra encore plus rigoureuse avec l'arrivée de
chronotachygraphes électroniques ; le modèle introduit toutes ces
contraintes d'exploitation routière en temps réel, sur chaque
itinéraire.
Ces trois types de contraintes n'étaient pas, jusqu'à présent,
introduites dans les algorithmes d'affectation, et encore moins à
l'échelle des réseaux européens qui est devenue l'échelle
pertinente pour toute réflexion sur de grands corridors en France,
lesquels sont aussi des grands corridors de transit
international.
Avec un tel outil de description des performances, il est
possible d'affirmer qu'il existe des potentiels pour l'autoroute
maritime, pour des liaisons relativement courtes sur la face
atlantique, entre la côte française et espagnole, entre des ports
de la Manche et de la Mer du Nord, sans parler des possibilités de
relais vers les ports anglais, mais dont les potentiels de trafic
se limiteront à ceux du Royaume-Uni.
Il y a aussi des opportunités pour des relations plus longues
entre les régions européennes, sachant que l'augmentation de la
distance entre deux ports limitera d'autant plus le nombre
d'itinéraires susceptibles d'être captés par l'autoroute maritime.
Le problème est moins de relier deux zones industrialo-portuaires,
si importantes soient-elles, que de créer un véritable effet
"d'entonnoir", pour des trafics qui sont souvent diffus, dans la
morphologie des nouveaux Réseaux Trans-Européens, en choisissant et
en maîtrisant leur point d'impact.
Pour une liaison relativement courte, la liaison TransGascogne,
ouvrant des zones de captation en Europe suffisamment larges, de
tels services peuvent alléger de manière significative le volume de
transport routier sur des itinéraires routiers chargés, pouvant
atteindre 30% du trafic observé à la frontière atlantique
espagnole. De ce point de vue, la France peut difficilement laisser
aux pays voisins la responsabilité de développer des autoroutes
maritimes, pour éviter son territoire, sans en mesurer toutes les
conséquences pour ses propres échanges extérieurs, le développement
de ses façades maritimes et l'influence qu'elle peut exercer sur
l'évolution des Réseaux Trans-Européens.
Des opportunités existent également sur la façade
méditerranéenne, sachant que les liaisons situées plus au sud de
l'arc méditerranéen, offrant des gains de distance importants par
rapport aux itinéraires routiers, voient leur marché potentiel se
réduire aux régions du sud de l'Espagne ou du sud de l'Italie : là
encore, il ne faut pas oublier les contraintes de la géographie qui
rendent difficile l'application d'un modèle général pour la mise en
œuvre d'une autoroute maritime.
Les simulations réalisées1 pour différentes
hypothèses d'exploitation maritime montrent combien la rentabilité
d'un navire augmente rapidement avec le taux de remplissage,
sachant qu'une liaison plus longue suppose l'exploitation d'un plus
grand nombre de navires pour garder une fréquence élevée. L'idée
répandue que les liaisons longues permettent seules d'amortir le
coût du passage portuaire doit être revue au regard des contraintes
de compétitivité routière qui peuvent difficilement transiger avec
l'exigence de fréquences élevées.
Un autre aspect déterminant est celui du coût de passage
portuaire qui doit pouvoir être réduit dans des proportions
considérables avec la croissance des volumes. Ces coûts portuaires,
qui grèvent considérablement les performances des services RORO de
cabotage traditionnel, doivent pouvoir être divisés par 2, voire
par 3, atteignant des performances dont sont capables les ports,
qui l'ont déjà montré lorsqu'il s'est agi de traiter des volumes
élevés de trafic de "feeders" ou de "deep sea shipping". Les
résultats des simulations dans les projets de recherche européens,
et en particulier dans le projet INTEGRATION, sont de ce point
particulièrement encourageants en ce qui concerne l'avenir des
services RORO.
Ainsi, les simulations montrent qu'il y a bien des opportunités
pour les autoroutes de la mer ; opportunités soulignées par la
Commission européenne qui a rappelé que le qualificatif
"d'autoroute maritime" devait s'appliquer à de nouveaux types de
services qui verront le jour à partir de 2006, après la mise en
place d'une procédure d'appel d'offre.
Mais l'existence sur le papier de tels potentiels ne signifie
pas encore que la mise en service deviendra une réalité.
L'autoroute de la mer suppose la définition de véritables
stratégies, la mobilisation d'acteurs, et des réponses adaptées à
de nouvelles questions d'organisation de chaîne routière : dans ce
domaine comme dans d'autres, il ne s'agit pas d'attendre une
solution "miracle", ce qui conduirait inexorablement à des
déceptions et à des changements de cap préjudiciables à
l'application d'une politique durable du transport.

La mise en œuvre d'une stratégie avec les opérateurs
routiers
Des résultats possibles et des enjeux importants à l'échelle de
la France et de l'Europe mais aussi des résultats sensibles aux
hypothèses. La solution ne peut donc se trouver que dans la mise en
œuvre d'une véritable stratégie des acteurs concernés, après avoir
ciblé un marché précis, plus dépendant de la densité d'un espace et
de la morphologie d'un réseau que de la recherche d'un fond de
cale. L'objectif n'est pas de faire subventionner, ne serait-ce que
pendant quelques années, le fonctionnement d'une chaîne logistique
d'un chargeur, fût-il important, sur le seul prétexte qu'il est
prêt à recourir au mode maritime qui a toujours et continuera à
apporter des solutions de cabotage performantes sans besoin
systématique d'une aide ; le transport maritime européen ne doit
pas devenir un mode "assisté" sur le seul motif qu'il est une
solution alternative à l'utilisation d'un mode terrestre.
L'objectif est bien aujourd'hui la mise en œuvre d'un nouveau type
de services apte à attirer un trafic diffus au sein de modes
d'exploitation de type routier.
Les textes récents de Bruxelles sont sur ce point très clairs.
Ils insistent sur la qualité du service, les fréquences,
l'attraction d'un volume de trafic routier significatif et
n'envisagent les autoroutes de la mer que dans le cadre d'une
association durable entre les acteurs concernés, privés et
publics.
Quels sont ces acteurs ?
* Il y a d'abord les autorités portuaires, capables de
mobiliser les autorités locales et régionales pour analyser
l'intérêt d'un projet d'autoroute maritime, en liaison avec un port
étranger, en vue de créer une coopération ancrée dans des relations
durables que les programmes européens, dits INTERREG, MARCO-POLO,
RTE, favorisent. Ces acteurs locaux devront convaincre les
opérateurs maritimes d'exploiter les navires dans des conditions
définies par les exigences du marché du transport européen, avec
une offre durable, pour saisir des opportunités à court terme,
alors que l'on peut être tenté de changer rapidement l'affectation
d'un navire sur une ligne tandis que l'offre d'un service
autoroutier n'est pas modifiable.
* Il y a ensuite les opérateurs routiers, qui devront
repenser en conséquence leur organisation pour l'utilisation d'un
service "non accompagné" qui suppose une adaptation de
l'affectation des moyens de tractions, tracteurs et chauffeurs,
soit par modification de l'organisation interne, soit par
sous-traitance ou développement d'une coopération avec des
opérateurs étrangers.
Là encore, ce travail d'adaptation ne doit pas être sous-estimé
et ne peut être spontané, comme il a pu l'être pour certaines
lignes de transport "accompagné" qui permettront rarement des
transferts très importants de la route sur la mer.
Pour ce faire, les autorités portuaires seront à nouveau
sollicitées afin de créer au sein de leurs enceintes, ou à
proximité, de véritables centres routiers d'entretien et d'accueil
mais aussi de véritables centres logistiques pour l'organisation de
l'exploitation des entreprises routières, et en particulier pour
les PME, voire pour des entreprises plus grandes qui restructurent
en conséquence leurs réseaux.
Pour les grands opérateurs internationaux, la question sera de
savoir si, à partir de leurs bases actuelles ou de celles de leurs
associés, les zones portuaires sont facilement accessibles pour
leur faire jouer un nouveau rôle de nœud logistique.
Pour les transporteurs régionaux français, le marché du
transport international a été souvent, au cours des dernières
années, un marché dont ils se sont retirés pour rechercher des
prestations nationales mieux protégées, et parfois même à valeur
ajoutée plus élevée ; il y aurait avec les autoroutes maritimes une
opportunité de reprendre une activité internationale en liaison
avec d'autres opérateurs étrangers pour des prestations
sophistiquées, avec notamment le recours aux techniques d'échanges
d'informations et de suivi des marchandises les plus avancées.
Quoiqu'il en soit, les solutions intermodales seront amenées à
se développer, en particulier dans le cadre d'organisations
logistiques routières, et il est certainement préférable de
prévenir cette évolution plutôt que de la subir.
Pour les opérateurs maritimes, il faut simplement rappeler que
les services RORO n'ont certainement pas connus le même
développement que les services de conteneurs, avec une manutention
verticale (LOLO) dans les ports ; d'où des constructions de navires
peu industrialisées et plus onéreuses, chaque navire ayant souvent
ses propres caractéristiques. On peut s'attendre, à moyen et long
terme, à un renouveau des services RORO dans un espace
Euro-Méditerranéen où la demande augmente, les trafics
s'intensifient, avec des besoins et des conditions d'exploitation
différentes de celles d'un service maritime intercontinental ; les
pays scandinaves en ayant déjà donné les premiers exemples. Bien
entendu, les opérateurs maritimes peuvent se sentir plus
indépendants de l'exploitation d'une ligne donnée, comme cela a été
souligné ; la "volatilité" d'un service et le "cannibalisme" entre
deux lignes voisines sont à l'évidence deux risques majeurs des
services d'autoroutes maritimes qu'il ne faut pas négliger.
Ces deux risques doivent être circonscrits dans l'identification
des lignes qui pourront bénéficier d'une aide au démarrage, comme
le permettent les textes européens, dans le cadre de procédures
d'appel d'offre et de sélection, au niveau d'un travail d'étude
approfondi, réalisé en amont, sur l'intérêt d'une ligne dans les
Réseaux Trans-Européens et les possibilités de coopération durable
entre les acteurs nationaux et internationaux.
Trois messages doivent être mis en avant : un message sur
l'intérêt des autoroutes maritimes, un sur la nécessaire
implication des opérateurs routiers et un troisième message sur
le fait qu'il ne s'agit pas d'une solution de facilité dont l'image
de "mini croisière" est certainement la moins appropriée, même si
les conducteurs routiers peuvent être considérés comme les plus
méritants dans le système actuel. La solution reste celle de la
mise en place d'un véritable processus
d'industrialisation d'un service, avec tout le travail
préalable d'analyse et de concertation que cela suppose, afin de
répondre à des demandes croissantes et massives d'échanges au sein
du territoire européen.

Notes :
1. Cf. notamment les travaux du cabinet MENSIA
2. Reynaud C, Decoupigny C : Integration of Sea Land
Technologies for an efficient Intermodal Door to Door
Transport. Contract for EU : Shared-cost RTD and Demonstration
project.
3. Reynaud C, Decoupigny C : Autoroute Maritime
Transgascogne. Etude pour le compte de l'ACEL.

C. REYNAUD et C. DECOUPIGNY pour le CNR
C. REYNAUD
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