Les Cahiers de l'Observatoire n°219, Septembre 2005
Les transports par benne tp
Le transport par benne TP est un secteur d’activité de première importance bien que parfois sous-estimé. En 2003, environ 16% du tonnage total transporté en compte d’autrui l’était par benne TP !
Il présente en outre de nombreuses spécificités par rapport aux autres secteurs du transport. Ainsi, son activité, qui dépend fortement des conditions climatiques, peut fluctuer sensiblement au cours de l’année. La concurrence y est particulièrement rude, ce qui tire les prix vers le bas, phénomène accentué par la faible valeur des marchandises transportées.
Pour faire face à ces particularités et répondre aux demandes des donneurs d’ordre, de plus en plus concentrés et puissants, les transporteurs du secteur, composé en général de TPE (très petites entreprises), doivent trouver des solutions (regroupements, diversifications).
Le secteur des bennes TP est un sous-ensemble du secteur des
bennes basculantes. Celui-ci recouvre, rappelons-le, deux activités
bien distinctes :
>> l’une, comprenant les produits du BTP, objet
de cette étude,
>> l’autre, les produits majoritairement
agricoles. Ces derniers sont usuellement transportés dans des
bennes «grand volume» de 40 T de PTRA.
Beaucoup de transporteurs jouent la carte de la diversité et
évoluent dans les deux activités ; ce qui a pour avantage, d’une
part, de diversifier leur chiffre d’affaires et, d’autre part,
d’atténuer le facteur saisonnier. Parmi les entreprises les plus
connues citons : Tratel, Transalliance, Giraud et les groupements
France Benne, Ablo, ATB-ATR…
Un secteur marqué par les faibles distances parcourues
et par l’importance du compte propre
Le transport des marchandises en bennes TP est un marché axé
principalement sur la zone courte, où le poids du transport «privé»
est aussi important que celui du transport «public».
L’activité benne TP concerne essentiellement des transports dits
«régionaux» : 75% des marchandises transportées en compte d’autrui
le sont sur des relations inférieures à 50 km. Les contraintes
d’exploitation obligent les entreprises du secteur à se concentrer
autour des zones de production (carrières, chantiers…).
Le compte propre représente la moitié des tonnages transportés.
Dans ce cas précis, ils sont effectués pour 60% d’entre eux avec
des porteurs. Au contraire, 75% de l’activité du compte d’autrui
est effectuée par des ensembles articulés. L’étude portera
uniquement sur ce type de véhicule.
Les transporteurs publics de grande taille restent peu tentés par
cette activité. La faible valeur des marchandises transportées, de
l’ordre parfois de la centaine d’euros pour un complet, ne permet
ni de pratiquer des prix de transport élevés, ni de les revaloriser
correctement. De plus, la multitude des points de chargement et
déchargement génèrent des temps d’attente improductifs très
pénalisants en terme de rentabilité.
Des véhicules très présents sur les routes
Le poids de l’activité benne TP
S’il est relativement simple de connaître le poids du secteur du
vrac solide, regroupant les marchandises transportées par benne
basculante et citerne pulvérulent, en revanche, il est beaucoup
plus difficile d’isoler le secteur des bennes TP, une part de ce
vrac étant transportée indifféremment soit en benne grand volume,
soit en benne TP.
Sur les 357,7 millions de tonnes de vrac solide chargées en 2003 en
compte d’autrui par des ensembles articulés, 184,9 millions de
tonnes l’ont été par des bennes basculantes, soit près de 19% du
total des marchandises transportées avec des ensembles articulés
(source SES).
Sur ces 184,9 millions de tonnes, environ 160 millions de tonnes,
soit 86,5%, concernent les produits transportés par ensemble
tracteur + semi benne TP : minéraux bruts et matériaux de
construction pour 155,4 millions de tonnes, combustibles minéraux
solides, minerais et déchets non ferreux et produits chimiques de
base pour 4,6 millions de tonnes.
Le total des marchandises transportées par ensembles articulés en
compte d’autrui étant en 2003 de 976,2 millions de tonnes (source
SES), la part des tonnages transportés en benne TP s’élève donc
environ à 16%.
Exprimé en tonnes kilomètres, sur les 8 098 millions de TK chargées
en 2003 en compte d’autrui par les ensembles articulés bennes
basculantes, environ 5 900 millions de TK, soit 73% l’ont été par
ensemble tracteur + semi benne TP. Le total des marchandises
transportées en 2003 par des ensembles articulés en compte d’autrui
étant de 155 045 millions de TK (source SES), la part des
marchandises transportées en bennes TP n’est plus que de 4%.
Le parc en exploitation
Le nombre de semi bennes TP en activité régulière est également
particulièrement difficile à déterminer, beaucoup d’entreprises
possédant ce type de véhicule ne les exploitant pas nécessairement
à plein temps.
En 2003, le nombre de semi bennes immatriculées (TP et Grand
volume) de plus de 17 tonnes et de moins de 20 ans est de 36 531,
soit 13% du total de toutes les semi-remorques de plus de 17 tonnes
recensées sur le territoire (source DAEI-SES). Ce chiffre est en
légère augmentation par rapport à 2002. On a constaté une
croissance des immatriculations de 1 026 unités. La durée de
conservation totale d’une benne en première main est en moyenne de
11 ans (source CNR). Il est raisonnable d’estimer, compte tenu du
marché de l’occasion, que sa durée d’exploitation moyenne s’élève
environ à 15 ans. Par conséquent, on peut estimer que sur ces 36
531 bennes, 75% sont encore en activité, soit environ 27 400
véhicules.
La part du compte d’autrui représentant, en tonne kilomètre en
2003, environ 76% des marchandises transportées en semi bennes
basculantes (source DAEI-SES), le nombre de bennes en compte
d’autrui se réduit à 20 800 unités. 73% des tonnes - kilomètres
chargés en bennes basculantes l’étant en bennes TP, on peut estimer
finalement que le parc de semi bennes TP exploitées en compte
d’autrui compte 15 200 véhicules.
Les acteurs du marché
Le secteur des bennes TP connaît une atomisation extrême. Peu de
grandes entreprises de plus de 50 salariés évoluent sur le marché.
Ces entreprises sont d’ailleurs les seules à pouvoir répondre aux
exigences multiples des appels d’offre du BTP.
La plupart des opérateurs intervenants sur ce créneau appartiennent
à la catégorie des TPE.
A partir des résultats de l’Enquête Annuelle Entreprises du SES
portant sur l’année 2002, on peut affirmer que la répartition des
entreprises dont le parc bennes basculantes représente plus de 80%
du parc des véhicule de plus de 3,5t de PTRA est la suivante
:
>> 1 169 pour le secteur des transports de zone
courte. 76% de ces entreprises, soit 887, possèdent un effectif
salarié inférieur à 6 personnes,
>> 890 pour le secteur de la longue distance.
76% de ces entreprises, soit 680, possèdent un effectif salarié
inférieur à 6 personnes,
>> 137 répertoriées au titre de l’activité
location de camions avec conducteurs.
Les petites structures, qui représentent environ 75% des
entreprises du secteur, ne détiennent que 30% du parc. Les 70%
restants se répartissent entre les 20% d’entreprises moyennes du
secteur (de 6 à 49 salariés) et les 5% de plus de 50
salariés.
Depuis quelques années, on constate que les PME les plus
significatives ont opté pour une stratégie de regroupement. A titre
illustratif, le réseau France Benne, créé en 1995, regroupe
aujourd’hui 59 entreprises exploitant 320 bennes TP. Cette
stratégie facilite la gestion des parcours retour, permet de
réduire globalement les coûts d’exploitation et surtout de
concurrencer les grands groupes sur des appels d’offre
globaux.
Les appels d’offre émanent généralement, soit de l’Etat ou de
collectivités locales, soit de donneurs d’ordre proéminents du type
grand groupe de BTP.
La relation commerciale est rarement directe. Les entreprises de
BTP fournissent à leur client une prestation globale incluant le
transport. Les transporteurs qui se trouvent de facto en position
de sous-traitants, sont affaiblis (présence d’intermédiaires entre
le maître d’œuvre effectif et le transporteur, synonyme de délais
de paiement pénalisants et de prix difficilement négociables…).
Le nouveau dispositif d’observation du CNR
Le CNR a entrepris la refonte de son dispositif d’observation
des coûts d’une semi benne TP 40 tonnes, spécialité historiquement
étudiée par le CNR.
Les premières parutions en la matière dataient de 1992 et la
dernière actualisation du dispositif d’enquête de 2000. La
population interrogée compte
176 entreprises, travaillant toutes en direct et quasi
exclusivement sur l’activité bennes basculantes en «Régional».
Cette activité regroupe, comme nous l’avons démontré précédemment,
une majorité de bennes TP. La collecte d’informations a été
réalisée, soit par voie postale, pour mesurer les principales
conditions d’exploitation et composantes de coût des véhicules,
soit par des entretiens en face à face pour déterminer précisément
les coûts les plus complexes à calculer (entretien-réparations et
coûts de structure).
Les résultats ne sauraient décrire l’ensemble des situations
particulières rencontrées dans la pratique. Néanmoins, leur
cohérence avec les éléments d’analyse précédents ainsi que la
représentativité de la population, nous incite à penser que le
dispositif d’observation fournit une photographie réaliste du
secteur des bennes TP.
Kilométrage et productivité des véhicules
Un ensemble semi benne TP parcourt en moyenne 80 840 kilomètres
par an, pour 210,9 jours d’exploitation annuelle. Le ratio
conducteur par véhicule est très proche de 1 (1,01).
Ces indicateurs d’activités du véhicule paraissent faibles. On
enregistre par exemple pour le secteur «Marchandises diverses», un
kilométrage annuel et un nombre de jours d’exploitation moyen
supérieur (respectivement 121 470 km et 229,9 jours).
Ceci illustre, d’une part, l’importance des contraintes climatiques
et saisonnières dans l’activité benne TP et, d’autre part, leur
champ d’action géographique usuellement plus limité.
Le taux de kilométrage en charge de 56,1% indique que les retours
s’effectuent généralement à vide. En effet, la majorité des
entreprises travaillent sur des distances très courtes : rotations
en chantiers ou en carrières. Elles sont souvent rémunérées «au
tour»ou à la journée et ne cherchent alors que rarement du fret
retour. Seules celles évoluant sur des distances plus longues, dans
le cadre par exemple d’approvisionnements de chantier, éprouvent le
besoin de trouver du fret pour leur voyage retour.
Le carburant
La part de l’approvisionnement en citerne représente 80% de la
consommation de carburant d’un véhicule. Les faibles distances
parcourues autorisent des retours quotidiens à la base pour
s’approvisionner en interne.
Il n’est pas surprenant non plus de constater que ces ensembles
sont plus gourmands en carburant que les autres types de poids
lourds. La consommation s’élèvent ainsi en moyenne à 42,7
litres/100 km contre 34,5 litres pour une taut-liner ou 36,7 litres
pour un ensemble frigorifique lourd (source CNR).
D’une part, les bennes TP n’empruntent quasiment jamais
l’autoroute, voie sur laquelle les économies de carburant sont plus
aisées à dégager que sur des carrières ! D’autre part, les plus
faibles distances parcourues supposent que les trajets de type
urbain ou tout du moins pré urbain prédominent et
grèvent ainsi la consommation moyenne de carburant.
Les conditions d’emploi et de rémunération du
personnel de conduite
Le poste salarial pèse plus de 30 % du prix de revient d’un
véhicule. Il demeure le principal poste de coût. Les conditions
d’emploi d’un conducteur sont fortement conditionnées par le ratio
conducteur par véhicule, ici très proche de 1. Cela signifie que
l’activité d’un conducteur est corrélée à l’exploitation d’un
véhicule, le nombre de jours d’activité annuel est ainsi de 210
jours.
Les autres composantes de coûts
Le poste maintenance pèse plus de 14% du prix de revient total
d’un véhicule. Les coûts de pneumatiques et d’entretien-réparations
atteignent
0,046 euro/km et 0,138 euro/km, soit respectivement 64% et 86% de
plus que pour le secteur des «Marchandises diverses». Ces surcoûts
tiennent essentiellement à la spécificité de l’activité benne TP,
le travail quotidien en carrière ou en chantier augmentant l’usure
des pneumatiques et le risque de pannes (encrassement du moteur,
contrainte plus forte pour les essieux…).
Au contraire, les coûts de péages, d’assurances et de structure
sont nettement inférieurs à ceux observés pour le secteur des
«Marchandises diverses». Plusieurs raisons à cela :
>> les bennes TP n’empruntent quasiment jamais
l’autoroute,
>> la valeur des marchandises transportées par benne TP
est relativement faible. Les frais d’assurances correspondants sont
donc réduits,
>> les transports par benne TP s’effectuent toujours en
lot complet et souvent avec retour à vide. Les coûts inhérents à la
recherche de fret complémentaire ou de retour sont donc
inexistants. Les coûts de structure, de ce fait, sont moins
importants que ceux rencontrés dans les autres secteurs.
La recomposition du prix de revient et ratios
d’exploitation
Au final, les coûts unitaires, aux conditions économiques d’août
2005, et la structure du prix de revient recomposés obtenue sont
les suivants :
Les trois grandes composantes du prix de revient – ratios
d’exploitation kilométrique, horaire et journalier – deviennent
:
L’utilisation de la formule trinôme est d’autant plus pertinente
ici que les entreprises sont rémunérées la plupart du temps au tour
ou à la journée.
Un exemple d’application
Pour un temps de travail journalier maximal fixé à 11 heures, le
nombre journalier de tours correspondants à ces conditions ne peut
excéder 5.
La distance totale journalière s’élève alors à : 25 + 27 + (30 x 2
x 4) + 30 = 322 km (le dernier tour ne comprend par de retour
jusqu’au point de chargement, le véhicule repartant directement à
l’entreprise), ce qui correspond à 10,05 heures de temps de service
nécessaires.
En reprenant les éléments de la formule trinôme actualisés aux
conditions économiques du mois d’août, le prix de revient à la
journée est de : (0,550 x 322) + (132,63 x 1) + (16,41 x 10,05) =
474,65 euros, soit 94,93 euros au tour.




Conclusion
La spécificité établie des bennes TP a conduit le CNR à
étudier précisément l’évolution des conditions et des composantes
de coût de ces véhicules. Des grilles de coûts détaillées et
actualisées paraissent tous les trimestres. Le mois prochain, nous
intégrerons les résultats de la nouvelle enquête dans ces
tableaux.
A titre indicatif, nous avons recomposé, en intégrant ces nouveaux
éléments, le prix de revient global depuis 2004.
Le graphique ci-dessous présente les % d’évolutions du prix de
revient global à partir de mars 2004 pour les deux dispositifs
d’observation.
Evolution du prix de revient global d’un ensemble tracteur +
semi benne TP depuis 2004

Le prix de revient global varie de façon parallèle quel que soit le
dispositif retenu. Les résultats de la nouvelle enquête permettent
donc de rafraîchir et d’actualiser le niveau des données, sans pour
autant perturber le suivi des variations de coût global.
Pour les simulations de calcul du prix de revient en fonction du
nombre de tours journaliers, le CNR a développé un module
fonctionnant sur Excel. Cet outil peut être téléchargé sur le site
www.cnr.fr.
Olivier RAYMOND
André MAZELEIX
Haut de page