Les Cahiers de l'Observatoire n°218, Juillet - Août 2005
Entreprises de transport et carburant en vrac
Afin de mieux comprendre les rapports qu’entretiennent les entreprises de transports avec les acteurs présents sur le marché de la vente de carburant en vrac, le CNR a décidé de mener une étude sur ce secteur d’activité. Description du marché, contraintes techniques liées à l’installation d’une cuve de stockage, stratégie d’achat des entreprises, feront partie des thèmes abordés dans cet article.
La part du gazole dans le prix de revient d’une
entreprise de transport effectuant du transport routier de
marchandises, en longue ou en courte distance, est en moyenne
comprise entre 17 et 25%.
Le carburant constitue le deuxième poste de coût dans la
structure des prix de revient, après le personnel de conduite.
Précisément, cette part était de 25,1% au mois de juin 2005
dernier, en référence à la structure des coûts publiée par le CNR
pour un ensemble 40 tonnes, exploité en longue distance. Il y a 10
ans, cette part représentait moins de 18% dans la structure du prix
de revient. Un litre de gazole revenait alors à moins de 0,500
euro/l. En 10 ans, le prix du gazole a augmenté de plus de 65%. Sur
les douze derniers mois, cette hausse a été de plus de 24%.
La dérive des prix et la part relative du gazole dans la
structure des coûts a, de toute évidence, un impact significatif
sur la situation financière des entreprises de transport routier.
Le poids de la fiscalité sur ce poste (environ 50% du prix hors
TVA) contribue, de fait, à cette aggravation. Dans une étude
publiée par le Service Economique et Statistique du Ministère des
Transports en janvier 2005, il est d’ailleurs démontré que les
différences afférentes à la fiscalité sur le gazole en France sont
les causes objectives et prépondérantes de la baisse du pavillon
français en Europe, dont la part de marché est, rappelons-le,
passée de 49% en 1992 à 33% en 2002.
| TIPP |
| La TIPP (Taxe sur les produits pétroliers) est la quatrième
ressource budgétaire de l’Etat après la TVA, l’impôt sur le revenu
et l’impôt sur les sociétés, et qu’au cours des 37 dernières
années, la consommation du gazole a été multipliée par 9. Elle est
passée de 3,5 Mt en 1967 à 30,8 Mt en 2004 (source : Direction
Générale de l’Énergie et des Matières Premières), et ce
principalement en raison de l’essor du transport de marchandises
qui représente aujourd’hui 60% de la consommation (la part des
poids lourds étant d’environ 40%). |
Avec comme objectif de réduire le coût du poste gazole, et
de mieux gérer ses stocks, un certain nombre d’entreprises ont donc
choisi, et choisissent encore, de s’équiper d’une cuve de stockage.
Cette solution permet d’obtenir de la part des distributeurs de
carburants des prix plus intéressants que ceux proposés dans le
réseau de distribution classique et d’être moins dépendants des
fluctuations quotidiennes des prix. Ceci étant, un grand nombre de
questions se posent aujourd’hui sur la stratégie à mener en terme
d’achat de carburant. Est-ce toujours intéressant d’acheter son
carburant en vrac, tandis que certains distributeurs de carburant
croient discerner un resserrement de l’écart entre les prix
proposés à la pompe et les prix négociés en vrac ? Est-il toujours
intéressant de s’équiper d’une cuve de stockage, compte tenu de
l’investissement et des contraintes réglementaires liés à la mise
en place d’un tel dispositif ? Combien de temps faut-il pour
optimiser son investissement ? Existe-t-il des solutions
complémentaires, voire alternatives, pour payer son carburant moins
cher ? Comment est organisé ce marché ? Quels en sont les acteurs
?, etc.
Grâce à l’aimable participation de responsables d’exploitation
d’entreprises de transport, de responsables achats, de
distributeurs ou revendeurs de carburant, d’installateurs de cuve,
de transporteurs d’hydrocarbures, mais aussi grâce au concours de
nombreuses organisations spécialisées (fédérations, comités
professionnels, etc.), le CNR s’est efforcé dans cette étude, de
répondre à ces questions.
Le contexte
Certains des opérateurs interrogés dans le cadre de cette étude,
et notamment les négociants ou revendeurs de carburant, subodorent
un phénomène de "dévracisation", qui se traduirait à la fois par
une baisse des quantités de carburant commandées en vrac en période
de crise, mais aussi par une inflexion des installations de
dispositifs de stockage dans les entreprises de transport, voire
même de leur abandon. Cette présupposition s’expliquerait par
plusieurs facteurs : un possible resserrement de l’écart des prix
proposés à la pompe avec ceux négociés en vrac, un rétrécissement
des trésoreries des entreprises limitant ainsi la potentialité
d’acheter en grandes quantités, puis enfin, pour les entreprises
désireuses de s’équiper, une réticence liée au coût de
l’installation et aux contraintes réglementaires y étant
associées.
En outre, le phénomène avéré suivant lequel les compagnies
pétrolières sont présentes aux trois stades de la distribution,
pourrait laisser penser à une possible convergence à terme de ces
prix. En effet, il convient d’observer aujourd’hui que ces
dernières ont la possibilité de vendre à des grossistes les
produits qui sortent de leurs raffineries, elles ont la possibilité
d’agir comme grossistes lorsqu’elles vendent ces produits à des
détaillants et peuvent enfin agir en qualité de détaillants
lorsqu’elles sont propriétaires de la station-service qui délivre
le produit au consommateur final.
Par conséquent, les compagnies pétrolières se trouvent ainsi
concurrencer directement les négociants et revendeurs indépendants,
une situation que déplorent ces derniers (cf. Avis n°99-A-06 du
Conseil de la concurrence en date du 16 février 1999 relatif à une
demande d’avis de la Fédération française des pétroliers
indépendants sur l’application de la loi du 31 décembre 1992
portant réforme du secteur pétrolier).
Constate-t-on une convergence entre les prix du
carburant négociés en vrac et ceux proposés à la pompe ?
Afin de répondre à cette question, il convient de procéder à
l’examen des sources de références qui nous permettront de vérifier
objectivement les évolutions de ces prix depuis 1997 (année prise
comme référence pour notre observation).
Les prix à la pompe
La Direction des ressources énergétiques et minérales (DIREM)
publie chaque semaine des prix déclarés par "les sociétés
distributrices de carburants en métropole". Ce sont des prix moyens
nationaux, pondérés sur l’ensemble de leur réseau de distribution
(stations-service de grandes surfaces, stations à la marque des
compagnies pétrolières, stations indépendantes) et pratiqués au
niveau du consommateur final.
Pour plus de simplicité, ces prix seront définis comme étant
ceux pratiqués à la pompe.
Les prix à la cuve
Le Comité National Routier réalise, depuis 1978, une enquête de
prix du gazole hors TVA, livré en vrac aux entreprises de transport
disposant d’une cuve de stockage. L’échantillon composé aujourd’hui
de 115 entreprises a doublé depuis le mois d’octobre 2004, assurant
ainsi une meilleure représentativité du transport régional et des
petites entreprises. Le prix moyen, France entière, est calculé à
partir des prix observés par région. Ces prix sont pondérés par le
volume d’activité (tonnes kilomètres) produit par les véhicules
immatriculés dans chaque région et exploités en transport routier
pour compte d’autrui.
|
| Le coefficient de détermination permet de savoir si une courbe
de tendance peut se trouver en adéquation avec une représentation
graphique. Si ce coefficient est inférieur à 1, ce qui est le cas
dans notre exemple (R2 = 0,0321), cela signifie qu’aucune tendance
ne peut être déterminée. |
Evolution comparée des prix à la pompe et des prix à
la cuve
Qu’observe-t-on sur les graphiques ? D’abord, il
apparaît que les prix à la pompe dérivent de la même manière que
ceux à la cuve depuis janvier 1997. Durant cette période, l’écart
entre ces prix moyens varie entre 1,8 centime d’euro par litre et
7,3 centimes d’euro par litre. L’écart moyen sur la période décrite
est de 4,3 centimes d’euro par litre. Sur la tendance constatée, il
n’est pas démontrable que cet écart se resserre dans le temps. En
effet, l’évolution de ces écarts apparaît sans tendance.
Evolution comparée des prix à la pompe et des prix à la
cuve
(en euros)

Ecart des prix à la pompe et des prix à la cuve
(en euros)

Par conséquent, l’hypothèse d’une possible "dévracisation" en
raison exclusive d’une tendance au resserrement de l’écart entre
les prix proposés à la pompe et ceux négociés en vrac est
invalidée. Concrètement, cela signifie qu’il est toujours plus
intéressant aujourd’hui pour une entreprise de transport d’acheter
son carburant en vrac plutôt qu’à la pompe, et qu’a fortiori, cet
avantage économique continuera.
Il reste néanmoins que la très grande dispersion géographique
des prix, aussi bien ceux pratiqués à la pompe que ceux négociés en
vrac, pourra engendrer certaines exceptions locales difficilement
quantifiables.
Le rétrécissement des trésoreries des entreprises
comme facteur explicatif d’une éventuelle "dévracisation"
Une étude publiée en octobre 2004, dans le numéro 209 des
Cahiers de l’Observatoire, montrait que dans le transport routier,
le paiement de 60 à 70% des charges s’effectue dans des délais très
rapides et quasi comptant tandis que les recettes ne sont
encaissées que dans un délai de 2 mois environ. Les délais de
paiement consentis par les opérateurs tournent, en moyenne, autour
de 75 jours. Il est bien évident que ces décalages peuvent poser de
sérieux problèmes de trésorerie aux entreprises. Les charges
salariales, qui représentent près de 40% du prix de revient, sont
payées en fin de mois, les péages (5% en longue distance) sont
payés souvent comptant, et le gazole (entre 20 et 25% des coûts en
longue distance) est payé dans un délai de l’ordre de 20 à 30
jours. Pour faire face à toutes ses échéances, une entreprise de
transport doit nécessairement disposer de deux à trois mois de
trésorerie.
Le service Economique et Statistiques du Ministère des
Transports publie chaque trimestre une enquête d’opinion des
transporteurs routiers de marchandises portant sur leur activité.
Il apparaît dans le numéro publié au mois de mai 2005 que le solde
d’opinion relatif à la trésorerie des entreprises ne se dégrade
certes pas davantage d’un trimestre à l’autre, mais que son niveau
est très bas. En clair, les trésoreries se tendent.
Commander un volume de 32 m3 de carburant, au prix moyen actuel
d’environ 0,800 euro/l, et avancer la somme de 25 600 euros, exige
donc un minimum de trésorerie. Aussi, dans ces conditions de
flambée des prix et de fortes difficultés de répercussion sur les
prix de vente, on peut comprendre que certains responsables des
achats manifestent quelque hésitation et préfèrent, le temps que
l’orage passe, demander à leurs conducteurs d’aller
s’approvisionner en petite quantité, à la pompe la plus proche.
La situation des entreprises
(en % des soldes d’opinion) - Source : SES

| Réglementation technique |
|
Lorsque le stockage est non enterré et en plein air, le
réservoir doit être opaque et conçu pour stocker des produits
pétroliers en extérieur. Il doit disposer obligatoirement d’une
enveloppe secondaire ou être placé dans une cuvette de rétention.
Le passage de canalisations (alimentation en eau potable, eaux
usées, gaz, électricité), autres que celles nécessaires à
l’exploitation du stockage, est interdit sous les réservoirs et
dans les cuvettes de rétention. L’entreposage de matières
inflammables à moins d’un mètre est interdit.
Lorsque le stockage a une capacité supérieure à 15 000 litres,
il doit être clôturé sur 1,75 m de hauteur.
La cuvette de rétention doit être étanche. Elle peut être
métallique ou en maçonnerie. Sa capacité minimale doit être au
moins égale à la plus grande des deux valeurs suivantes : 100% de
la capacité du plus grand réservoir, 50% de la capacité totale des
réservoirs.
Lorsque le stockage est non enterré à l’intérieur d’un bâtiment,
les règles diffèrent quelque peu.
Le stockage peut être implanté en rez-de-chaussée ou en
sous-sol. Le local doit être convenablement ventilé. Il doit
pouvoir être fermé par une porte pare flammes de degré un quart
d’heure. Les murs, planchers haut et bas doivent être coupe-feu de
degré une demi-heure. Les réservoirs peuvent être métalliques ou en
matières plastiques. Ils doivent être posés sur un sol plan et
maçonné. La cuvette de rétention ou l’enveloppe secondaire sont
obligatoires. Dans le cas d’une enveloppe secondaire en matières
plastiques celle-ci doit avoir satisfait à un test de résistance au
feu. Les réservoirs doivent être implantés à un mètre minimum des
générateurs.
Enfin, lorsque le stockage est enterré. Les réservoirs doivent
obligatoirement être à sécurité renforcée, soit en acier à double
paroi, soit en acier à simple paroi avec revêtement extérieur en
béton, soit en acier à revêtement interne en plastiques renforcés,
soit en acier à enveloppe intérieure en matières plastiques, soit
enfin en plastiques renforcés au verre.
Les réservoirs peuvent être enterrés à l’extérieur ou à
l’intérieur d’un bâtiment.
Si le stockage est situé à l’intérieur d’un bâtiment, il doit
être implanté au niveau le plus bas.
Une distance de 0,5 m doit exister entre les parois des
réservoirs et la limite de propriété.
Le passage de véhicules ou le dépôt de charges au dessus du
stockage est interdit, sauf s’il existe un plancher ou une dalle de
résistance suffisante.
L’amarrage des réservoirs à un radier en béton est obligatoire
s’il y a risque de déplacement dû aux eaux ou aux trépidations. Le
passage de canalisations (alimentation en eau potable, eaux usées,
gaz, électricité…) autres que celles nécessaires à l’exploitation
du stockage est interdit à moins de 0,50 m du réservoir. Les
réservoirs, s’ils sont en acier, doivent être protégés et isolés
électriquement de manière à éviter toute corrosion.
|
L’installation d’une cuve de stockage sur le site de
l’entreprise
La décision d’installer une cuve de stockage sur son site doit
faire l’objet d’une étude détaillée.
Quelle est la procédure ? Quelles sont les contraintes
réglementaires ? Combien cela va-t-il réellement coûter ? Combien
de temps va-t-il falloir pour rentabiliser cet investissement ?
La procédure administrative
Ce sont les Directions Régionales de l’Industrie de la Recherche
et de l’Environnement (DRIRE) qui instruisent les demandes de
création, de transfert et de reconduction des autorisations
relatives aux stockages souterrains d’hydrocarbures liquides ou
liquéfiés. Elles assurent, sous l’autorité du Préfet, la
surveillance des sites du point de vue de la sécurité et de la
protection de l’environnement.
Les normes à respecter
Impossible d’installer une cuve n’importe où sur son site, et
dans n’importe quelles conditions. En effet, des règles très
précises existent en ce qui concerne les aspects techniques et
réglementaires. La normalisation de l’installation génère des coûts
liés aux travaux de génie civil (cf. encadré "Réglementation
technique").
Coût et retour sur investissement
L’installation d’un dispositif de distribution de carburant sur
un site comprend donc plusieurs étapes. L’achat stricto sensu de la
cuve bien sûr, mais également la normalisation de cette
installation avec, à la clef, des coûts importants liés aux travaux
de génie civil.
Enfin, il restera à mettre en place une borne de gestion qui
permettra de gérer de manière informatique les débits de carburant.
Les caractéristiques de cette borne de gestion sont variables et
peuvent être très étendues : identification du véhicule ou de
l’agent, par code ou clé électronique, ou badge magnétique, mémoire
des prises dans l’automate, calcul du stock en cuve, gestion d’une
imprimante, logiciel pour programmer les paramètres, le fichier des
véhicules, la date et l’heure, etc. Ces options ont bien entendu un
coût.
Compte tenu de la grande diversité des variables susceptibles de
faire varier le prix d’une installation complète, le CNR ne peut
que communiquer sur les prix déclaratifs des entreprises.
Ces prix n’ont pas la prétention de refléter ceux du marché. Ils
n’ont que valeur d’exemple.
Exemple d’installation d’une cuve de 50 000 litres non
enterrée à l’intérieur d’un bâtiment

Pour une entreprise consommant environ 2 millions de litres par
an (soit exploitant en longue distance, une cinquantaine de
véhicules), et considérant un écart moyen entre les prix à la pompe
et ceux à la cuve de 4,3 centimes d’euro par litre (observation
entre janvier 1997 et avril 2005), le retour sur investissement
d’une telle installation serait donc réalisé en moins de 4 mois
(taux de financement non compris).
L’organisation du marché
La chaîne pétrolière se décompose en plusieurs étapes :
- l’exploration (recherche de nouveaux gisements, mise en
exploitation des gisements),
- le transport du pétrole vers les raffineries (pipe en mer,
pipe terrestre),
- le raffinage (traitement du pétrole pour fabriquer les
différents produits),
- la distribution vers les consommateurs.
Seules les deux dernières étapes nous intéressent dans le cadre
de cette étude. Selon les informations publiées par le ministère de
l’Economie, des Finances et de l’Industrie et actualisées le 10 mai
2005 il ressort que :
- d’une part, en France, il y avait 13 raffineries en France
métropolitaine au début de l’année 2004, soit une capacité totale
de raffinage de 97,7 Mt/an (ces dernières se situent principalement
en Vallée de Seine 39,9 Mt, Méditerranée Rhône 35,5 Mt, Atlantique
11,3 Mt, Nord 7,7 Mt, Alsace 4 Mt),
- d’autre part, au 1er janvier 2004, la France comptait 239
dépôts civils de stockage/distribution de carburants et
combustibles d’une capacitésupérieure ou égale à 400 m3, dont 92 de
plus de 50 000 m3 et 99 de moins de 10 000 m3. En 2004, la France
comptait 13 823 stations-service contre 49 400 en 1973.
D’après la Direction Générale de l’Energie et des Matières
Premières (DGEMP), 35,8 Mm3 de gazole ont été distribués en France
en 2004. Le transport routier de marchandises représente 60% de la
consommation de ce gazole (véhicules de - de 3,5 tonnes compris).
Les ventes en vrac de gazole ont représenté cette même année un
volume global de 4,4 Mm3, soit 12,3% de part de marché.
Les acteurs du marché
Les vendeurs de carburant en vrac
Les principaux acteurs de la vente de carburant en vrac sont
:
- les entrepositaires agréés ou non affiliés à la Fédération
Française des combustibles et carburants (FF3C) et les adhérents à
la Fédération française des pétroliers indépendants (FFPI) : 33,3%
de part de marché,
- les sociétés pétrolières affiliées à l’Union française des
industries pétrolières (UFIP) : 28,3% de part de marché.
Source : Direction Générale de l’Energie et des Matières
Premières - Direction des Ressources Energétiques et Minérales
(L’industrie pétrolière en 2004)
Le fait que l’on s’adresse, en tant que client, à un
entrepositaire agréé ou non n’influe pas sur le prix négocié. Les
entrepositaires agréés, qui représentent une cinquantaine de
sociétés en France, bénéficient d’un statut fiscal leur permettant
de recevoir, détenir ou expédier des produits soumis à accises en
suspension de droits d’accises (ne paient pas la TIPP).
Au contraire, les négociants ou revendeurs de carburant ne
bénéficient par de ce statut particulier. Ils travailleront donc
"en acquitté", ce qui signifie qu’ils auront à verser aux Douanes
le montant correspondant à la Taxe intérieure pour les produits
pétroliers, dès lors que le produit sortira du dépôt.
Insistons sur le fait que ces subtilités fiscales n’entraînent
aucune conséquence pour le client final, qui lui s’acquittera de
toute manière de la TIPP (pour en demander le cas échéant, s’il
remplit les conditions, un remboursement partiel a posteriori).
Les entreprises de transport disposant d’une cuve de
stockage
Le nombre exact d’entreprises de transport disposant d’une cuve
de stockage en France est inconnu.
D’après l’enquête CNR 2004, réalisée auprès d’un échantillon
représentatif de 220 entreprises, ayant comme activité la longue
distance, environ 87% des entreprises de plus de 20 salariés
disposeraient d’une cuve de stockage, contre 53% des entreprises de
moins de 20 salariés. Plus l’entreprise est importante (nombre de
salariés, de véhicules), plus la probabilité qu’elle soit équipée
d’une cuve de stockage est grande.
Aucune estimation de cette nature n’est disponible pour les
entreprises effectuant de la courte distance.
Les témoignages de responsables d’organisations
professionnelles, et notamment celui des représentants de la FF3C,
ainsi que les "impressions" de certains responsables d’exploitation
d’entreprises de transport, sembleraient indiquer que le taux
d’équipement continue d’augmenter. Cette "impression" est par
ailleurs confirmée par l’un des installateurs de cuves interrogés
qui observe une recrudescence des demandes d’installation de cuves
de stockage depuis environ 5 mois, et ce malgré la flambée des prix
de l’acier, note-t-il.
Selon une enquête interne réalisée par l’un des opérateurs
interrogés dans le cadre de cette étude, 41% des entreprises
européennes de transport disposeraient d’une cuve de stockage de
carburant. Ce serait en France, en Italie, et au Portugal, que l’on
compterait le plus d’installations, tandis que l’Allemagne et la
Pologne sembleraient moins enclins à recourir à ce type
d’équipement.
Les transporteurs spécialisés
Le propos de cet article n’est pas de réaliser une étude
sectorielle complète sur le transport routier de matières
dangereuses, considéré, notons-le d’ailleurs au passage, comme
étant plutôt opaque. Il convient cependant de noter que la très
importante vague de concentration, ayant eu lieu ces dernières
années dans l’industrie pétrolière (fusion de Elf-TotalFina en
2000), a eu les mêmes conséquences dans le secteur du transport de
carburant en vrac, les chargeurs ayant voulu absolument limiter le
nombre de leurs prestataires.
Ainsi, on sait aujourd’hui que les transporteurs spécialisés
dans ce domaine sont très peu nombreux (une petite vingtaine à se
tailler la part du lion). De surcroît, ils sont obligés de
s’organiser pour faire face à une situation complexe : offrir de
plus en plus de services, à des prix toujours plus bas, sur des
zones d’interventions de plus en plus vastes.
En effet, l’un des premiers effets de cette concentration s’est
en traduit, et se traduit encore par la fermeture de dépôts
pétroliers, ce qui entraîne comme conséquence un rallongement des
kilométrages de traction routière. Or, les nombreuses contraintes
réglementaires et techniques encadrant ce métier (cf. encadré
"ADR"), ou sociales (coût d’un chauffeur supérieur à la moyenne),
empêchent les transporteurs d’effectuer des trajets de plus 300
km.
De là, l’absolue nécessité de constituer des réseaux
solides…
| ADR |
| Le transport de matières dangereuses est soumis à des
réglementations strictes, issues de recommandations de l’ONU. Pour
l’Europe c’est l’ADR "Accord européen relatif au transport
international des marchandises Dangereuses par Route" qui régit le
transport sécurisé des marchandises dangereuses (conformité du
matériel, formation du conducteur, etc.). Il n’a pas force de loi,
chaque pays contractant en assure le contrôle sur son territoire
selon sa propre législation. |
Articulation de l’offre et de la demande
Négociation et transaction
Les entreprises de transport routier de marchandises disposant
d’une cuve de stockage peuvent se trouver dans la situation où
elles ont à effectuer plusieurs fois par mois une commande de
carburant. Cette fréquence d’approvisionnement dépend bien entendu
de l’étendue du parc de véhicules, de la consommation mensuelle,
mais également pour certains d’une politique liée à une gestion
plus stratégique du stock. En effet, on peut très bien anticiper
une hausse du carburant, en fonction d’événements conjoncturels, et
décider de faire le plein de sa cuve préventivement.
Dans la plupart des cas, les entreprises procèdent à une rapide
étude de marché, en interrogeant des prestataires (distributeurs de
carburants) situés à proximité de chez elles. Elles font jouer la
concurrence entre ces derniers et commandent, in fine, au moins
cher.
Il semblerait que seul le prix soit déterminant dans la relation
commerciale qu’elles ont avec les prestataires, même si "l’argument
du service rendu" revient souvent dans la bouche des distributeurs
qui, il faut bien l’écrire, ont bien du mal à développer des
stratégies de fidélisation.
Les éléments de variation du prix
Outre les facteurs macroéconomiques connus, conduisant à la
formation des prix pétroliers (rôle des stocks avec ajustement de
l’offre à la demande, rôle des marchés à terme, impact du dollar),
le marché de Rotterdam (cf. encadré "Le marché de Rotterdam"), la
fiscalité, qui ont bien entendu une incidence, au final, sur le
prix du gazole, il existe un certain nombre d’éléments moins en
amont, plus microéconomiques, pouvant également faire varier le
prix du gazole lors de la négociation.
Evolution du prix du baril de Brent daté
(en prix moyenne mensuelle)

La parité euro/dollar

Part de la fiscalité dans le prix du gazole en cuve
(en euros par litres)

Le transport du gazole
Les distributeurs de carburant proposent, dans la grande
majorité des cas, un "prix rendu", c’est-à-dire incluant le
transport du gazole entre le dépôt et le site de livraison. Soit
ils recourent à la location de véhicules avec chauffeur (choix de
certaines compagnies pétrolières qui exigent que les véhicules
soient mis à leur couleur), soit au transport public, soit ils
disposent de véhicules en compte propre. En général, les prix
négociés auprès des transporteurs sont très bas.
Ceci étant, rien n’empêchera un transporteur de se renseigner
sur un prix en "sortie de dépôt", et d’assurer lui-même la
livraison, soit avec ses propres véhicules, soit en recourant
lui-même au transport public avec la perspective de prix mieux
négociés.
| Le marché de Rotterdam |
| Le marché de Rotterdam est un marché spot (marché de gré à gré)
pour une livraison instantanée de produits pétroliers qui couvre
l’ensemble du commerce de l’Europe du nord. Le terme marché spot
s’applique à l’ensemble des transactions spot réalisées sur une
zone où se concentre une importante activité de négoce sur un ou
plusieurs produits. Le cours de Rotterdam est donc le prix des
produits pétroliers sur ce marché, rapporté par des agences de
journalistes (Platt’s, Argus). |
Le volume commandé
Le prix est négocié en fonction du volume commandé en spot, et
non en fonction d’un engagement ou du calcul d’un volume acheté
annuellement par l’entreprise. Ainsi et curieusement, l’entreprise
de transport n’obtiendra pas un meilleur prix si elle commande cinq
porteurs de 32 m3 dans le mois, que l’entreprise qui n’en
commandera qu’un.
Les délais de paiement
Les délais de paiement ont une incidence sur le prix du gazole
négocié au final. La majorité des entreprises participant à
l’enquête de prix du gazole livré en vrac réalisée par le CNR,
annonce des délais de paiement à 30 jours, fin de mois.
La localisation de l’entreprise
Il existe de fortes disparités de prix entre les différentes
régions françaises : entre 4 et 6 centimes d’euro par litre.
Cette différence s’explique par la proximité ou non de son site
d’un dépôt pétrolier, mais également par le découpage géographique
de la France, plus aléatoire, que réalisent les distributeurs de
carburant, en zones de prix distinctes.
Ceci étant, on peut observer un phénomène structurel.
D’après la Direction Générale de l’Energie et des Matières
Premières, au 31 décembre 2003, on dénombrait 239 dépôts de
distribution d’une capacité globale supérieure à 400 m3 pour une
capacité globale de stockage d’environ 12 000 000 m3.
En 2003, on a constaté la fermeture de 28 dépôts dont 24 d’une
capacité de moins de 1 000 m3 (- 68 000 m3), et la création de 3
dépôts d’une capacité unitaire de 400 m3.
Au niveau départemental :
- 18 départements sont dépourvus d’installation de stockage,
- 41 départements ont une capacité globale inférieure à 10 000
m3.
Source : Direction Générale de l’Énergie et des Matières
Premières - Direction des Ressources Énergétiques et Minérales
(L’industrie pétrolière en 2003)
La température du gazole
Le gazole "à chaud" est celui qui est livré directement à la
sortie de la raffinerie, à environ 30°C. En refroidissant, il se
produit une contraction du volume, par conséquent, il est un peu
moins cher à l’achat.
Le gazole "à froid" (environ 15°C) est stable (pas de
déperdition de volume). C’est un produit de dépôt.
Gazole hiver – gazole été
Le gazole contient des paraffines qui se transforment en
cristaux lorsque la température s’abaisse. Tout d’abord le gazole
se trouble vers -5 °C : c’est le point de trouble. Par la suite, si
la température s’abaisse encore, les cristaux de paraffine bloquent
le filtre empêchant le gazole d’arriver à la pompe d’injection. La
température à laquelle se produit ce phénomène est la "température
limite de filtrabilité", fixée en hiver à -15 °C. Puis on atteint
la température à laquelle le gazole se fige : c’est le point
d’écoulement (-18 °C).
Le gazole ayant "une tenue au froid" plus importante est bien
entendu plus cher. C’est la raison pour laquelle certains
distributeurs, prêts à vendre leur gazole "hiver" au mois
d’octobre, se sentent disqualifiés, lorsque certains moins
scrupuleux continuent de vendre du gazole "été", forcément à des
prix plus bas.
La qualité du gazole
Depuis le 1er janvier 2005, de nouvelles spécifications sont
entrées en vigueur. Elles concernent le soufre dont la teneur est
abaissée à 50 ppm (50 mg/kg), ce qui correspond à une division par
7 de la teneur limite du gazole. Afin de basculer leur production
vers des carburants à 50 ppm de soufre (unité de proportion = part
par million, exemple : 50ppm = 50/1 000 000 de litre, soit, 0,05
mg/l) et à les introduire progressivement dans la logistique de
distribution, les sociétés françaises de raffinage ont effectué des
efforts industriels et logistiques qui ont pu avoir une incidence
sur le prix proposé au consommateur final.
Cette incidence ne peut être vérifiée, mais elle est
possible.
Dans le courant du 1er semestre 2005, des carburants répondant à
la dernière étape d’évolution des spécifications obligatoires
prévues au 1er janvier 2009 seront mis partiellement sur le
marché.
Les solutions complémentaires au vrac
Plus qu’une solution alternative, la possibilité pour les
entreprises de disposer de "cartes carburant" leur permettant
d’obtenir des prix à la pompe plus intéressants que ceux proposés
aux particuliers, ainsi qu’une panoplie de services annexes, est
considérée comme complémentaire.
Trois types de cartes existent aujourd’hui sur le marché : les
cartes de pétroliers, les cartes multiservices dédiées aux
professionnels de la route, les cartes multiservices non uniquement
dédiées aux professionnels de la route.
Les cartes de pétroliers
Ce type de carte (ex : EUROTRAFIC, ROUTEX, ESSOCARD, etc.)
permet aux professionnels, dont la consommation excède un volume
défini, de bénéficier d’un certain nombre d’avantages sur le réseau
de l’opérateur pétrolier (le conducteur n’a plus à avancer de
liquidité, il peut parfois régler les péages sur l’ensemble d’un
réseau autoroutier partenaire, etc.).
Ce type de carte permet également de faciliter et de
personnaliser la gestion du parc de véhicules et de la comptabilité
(facturation détaillée par véhicule ou par conducteur, paiement
différé, récupération de la TVA simplifiée, etc.).
Dans la plupart des cas, ces cartes ne permettent pas de
bénéficier de prix plus compétitifs que ceux affichés pour les
particuliers.
Les cartes multiservices dédiées aux professionnels de
la route
Ce type de carte (ex : AS24, IDS, etc.) est une sous-catégorie
des premières. Bien entendu, elles permettent de se ravitailler en
carburant. Elles peuvent offrir, en plus d’un certain nombre de
services du même type que ceux énoncés ci-dessus, mais surtout des
réductions dépendant de l’accord entre l’opérateur sélectionné et
le transporteur (qui fera, notons-le, l’objet d’un examen de
solvabilité stricte). Ces réductions pourront s’opérer sur tout le
réseau couvert par l’opérateur et seront calculées en fonction de
barèmes spécifiques, tenant compte des volumes achetés, des prix
d’approvisionnement, des marges, du marché, des cotations
internationales, etc.
En général, ces stations, dédiées aux poids lourds, sont
ouvertes 24 h/24 h, sont équipées d’automates, et ne disposent pas
de personnel, ce qui réduit leurs coûts de fonctionnement et permet
ainsi d’offrir des prix plus compétitifs à la pompe que ceux
proposés au public.
Les cartes multiservices non spécialement dédiées aux
professionnels de la route
Comme les deux précédentes, ces cartes (ex : DKV, UTA, etc.)
sont des cartes de crédit professionnelles permettant des paiements
différés du carburant acheté dans les stations dans lesquelles
l’opérateur a négocié des accords. Les autres avantages peuvent
être des remises selon le volume acheté ainsi qu’une gestion
simplifiée. Moins agressives en terme de prix, ces cartes peuvent
néanmoins offrir toute une batterie de services, pas forcément liés
au transport : assurances diverses, service d’assistance et
d’information juridique, etc.
Selon une étude réalisée en interne par l’un des opérateurs
interrogés dans le cadre de cette étude, 80% des transporteurs
possèderaient aujourd’hui au moins deux cartes de carburant.
9% d’entre eux estiment que le développement des cartes de
carburant devrait se poursuivre
| Conclusion |
| votre texte ici
Il n’existe pas de phénomène de "dévracisation" aujourd’hui en
France. Malgré quelques doutes sur leur stratégie d’achat, il
apparaît que les entreprises de transport accordent toujours leur
préférence à l’achat de carburant en vrac.
Les raisons en sont simples.
Primo, les prix négociés en vrac sont et restent toujours
inférieurs à ceux proposés à la pompe. Depuis 1997, on ne peut
démontrer un resserrement de l’écart entre ces prix. Il semblerait
que le retour sur l’investissement d’une cuve de stockage soit en
plus très rapide.
Secundo, les entreprises préfèreront toujours organiser la
distribution du carburant de manière centralisée, et ce pour des
raisons de simplicité de gestion. Le temps nécessaire au conducteur
pour aller s’approvisionner à la pompe sera en effet toujours
décompté comme du temps de travail et considéré comme
improductif.
|
Benjamin LEO
Haut de page