Les Cahiers de l'Observatoire n°214, Mars 2005
Les groupes français se mondialisent
La mondialisation soulève des prises de positions assez tranchées. Ce qui est certain c'est que le mouvement antimondialisation ne cesse de progresser, le plus souvent par ignorance des réalités. Si l'on examine la situation de 25 des plus grands groupes français, on s'aperçoit finalement que l'internationalisation des activités de ces firmes bénéficie aussi à notre pays, y compris dans le domaine de l'emploi. Nous exportons en effet 25% de notre production. Les excès de la mondialisation, avec notamment ses distorsions de concurrence, ne sauraient condamner le phénomène même de mondialisation. Même si, c'est évident, la problématique de sa régulation dans le bon champ géographique se pose maintenant de manière urgente.
L'opinion considère en général que les capitaux étrangers ne
cessent d'envahir l'Europe et la France en particulier. Certes, on
ne peut nier cette croissance des capitaux puisqu'en 10 ans, ils
ont été multipliés par trois. Mais il faut évidemment tenir compte
des investissements français à l'étranger. De ce point de vue, la
France investit trois fois plus à l'extérieur que l'inverse. On
pense aussi souvent que les investissements sont surtout réalisés
dans les pays à faibles coûts de production (type Maroc, Turquie ou
encore les pays d'Asie). En réalité, les investissements de nos
grands groupes sont surtout localisés dans les grands pays
industriels, avec en tête l'Allemagne (35%), suivi des Etats-Unis
(29%), le Royaume-Uni (6%), le Japon (6%) et les Pays-Bas (5%).

La France est une terre de paradoxes dans de nombreux domaines ;
par exemple, en matière de mondialisation la contestation ne cesse
de prendre de l'ampleur depuis dix ans. Or, la France est l'un des
acteurs les plus dynamiques de cette mondialisation. En 1989, les
25 plus grands groupes français effectuent de l'ordre de 50% de
leur chiffre d'affaires à l'extérieur de l'hexagone ; en 2004,
cette part est passée à plus de 80%. Il y a dix ans, les plus
grandes firmes françaises avaient déjà 43% de leurs effectifs à
l'étranger. En 2004, elles en avaient plus de 70%. D'une certaine
manière, l'emploi français est bénéficiaire puisque 71% des
produits sont exportés.

Une autre idée reçue consiste à penser que ce sont les capitaux
américains qui dominent en matière d'investissements étrangers. En
réalité, ce sont les Pays-Bas qui viennent nettement en tête (39%)
suivi de l'Espagne (29%), des Etats-Unis (22%) et de l'Allemagne
(10%). La France est donc très dynamique au plan mondial, même s'il
ne s'agit ici que de l'analyse des 25 plus grands groupes
français.

Le volume des investissements a été multiplié par plus de trois
en dix ans, ce phénomène ne cesse de s'accélérer et, en 2001, le
volume a atteint 180 milliards d'euros. Certes, ces prises de
positions n'évoluent pas de manière linéaire, elles tiennent compte
des opportunités bien sûr mais aussi du contexte économique et
financier. Ainsi, après le Krach de 1987, qui a provoqué de fortes
baisses de la valeur des entreprises, de nombreuses
fusions-acquisitions ont été réalisées. Il pourrait en être de même
à partir de 2005 car les actions ont perdu 35% de leur valeur entre
2000 et 2004. Cela va être l'occasion d'une redistribution des
cartes. En outre, avec l'entrée de la chine dans l'OMC, les
investissements en Asie se développent de manière massive. Il en
sera de même dans les ex-pays de l'Est, notamment ceux qui sont
entrés dans l'Union économique en 2004.

On s'interroge aussi assez souvent sur la véritable nationalité
de ces entreprises considérées comme françaises. On ne peut nier
que le capital tend à s'internationaliser au fur et à mesure que
ces groupes grandissent et se déploient à l'échelle mondiale.
Cependant en 2000, tout en vendant 70% de leurs productions à
l'extérieur, le capital étranger ne dépassait pas 40%. Bien
entendu, ce chiffre aura tendance à augmenter au même rythme que
les accords de coopération ou de fusion. Sans doute faudra-t-il
raisonner dans les prochaines années en terme de nationalité
européenne et non plus en terme d'Etats nation composants de
l'actuelle Union (exemple la fusion Air France-KLM). Bon nombre de
nos industries ou de nos grands services auraient disparu sans
ouverture sur le marché mondial. Le bilan est donc positif pour la
France, tant en terme d'emploi que de rentrées fiscales ou encore
de retombées sur les soustraitants. Bien entendu, on ne peut
ignorer certaines dérives : distorsions de concurrences, relatives
aux charges sociales, aux conditions de travail, à la fiscalité,
aux réglementations. Mais ce qui est en cause c'est davantage la
régulation de cette mondialisation que son principe même. Si nos
vieux pays veulent conserver leur niveau de vie, il n'y a pas
d'autres perspectives que de s'ouvrir au champ international.
D'autant que les marchés porteurs se situent en dehors de nos
frontières, compte tenu du vieillissement démographique de l'Europe
des quinze. De la même manière qu'il est de plus en plus difficile
de déterminer avec précision la nationalité d'un produit (cas de
l'électronique, de l'informatique ou encore de l'automobile)
tellement les composants viennent de multiples pays, il sera de
plus en plus complexe de déterminer la nationalité du capital des
grands groupes. Il est alors encore plus évident que la régulation
à l'échelle d'un Etat est obsolète et que de nouvelles règles
relatives aux échanges économiques et financiers devront s'adapter
au bon espace géographique. A défaut, les délocalisations
pourraient encore s'accélérer.

Les sociétés françaises figurent en bonne place dans le TOP
européen et mondial. Les douze premières firmes de notre pays
figurent en effet dans le TOP 30 européen et le Top 100
mondial.
Source : BREC - BDF - LES ECHOS
Gaston BESSAY
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