Les Cahiers de l'Observatoire n°209, Octobre 2004
Comment, en 2004, le recul de la location financière implique les transporteurs dans la gestion de leurs véhicules d’occasion
Les modes de financement des véhicules industriels peuvent être regroupés en trois catégories : l’emprunt classique, le crédit-bail et la location financière. Pour le crédit-bail, l’option d’achat final appartient à l’acquéreur. La location financière génère un buy-back ou engagement de reprise par le fournisseur. Il existe un lien intime et complexe entre le marché de l’occasion et le niveau des engagements de reprise.
Les chiffres et les orientations sont clairs : la
location financière, qui représentait la plus grande part
des modes d’acquisition des matériels, ne représente plus
aujourd’hui que 24% des financements*. Les transporteurs, qui
faisaient largement appel au financement de leurs matériels sous
forme de location financière, se détournent de cette formule.
L’enjeu n’est pas neutre et suscite bien des questions. Sommes-nous
confrontés à une tendance dure, structurelle, exigée par certains
acteurs ou est-ce passager, le temps que les stocks des
constructeurs se réduisent ? Aujourd’hui le transporteur doit,
volontairement ou non, moins recourir à la location financière.
Ceci impacte sa gestion comme son développement. Au travers
d’entretiens réalisés avec des transporteurs, des sociétés de
financement et des constructeurs, nous pouvons dresser un premier
tableau des implications de cette tendance.
Pour bien analyser les conséquences directes et indirectes de cette
baisse de la part de la location financière, il faut en démonter
les mécanismes de fonctionnement et comprendre pourquoi,
aujourd’hui, la location financière ne satisfait pas les acteurs du
monde du transport.
De manière très directe, le recul de ce mode de financement touche
les transporteurs dans la gestion de leurs parcs. Hier, les
définitions de matériel devaient être conformes à des besoins
techniques précis, liés à l’exploitation. Aujourd’hui, la valeur de
revente doit être pleinement prise en compte et cela peut conduire
à certains compromis. La valeur de reprise n’étant plus garantie,
le transporteur dispose de plus d’autonomie, plus de responsabilité
pour la revente. Le véhicule d’occasion généré par son achat de
véhicule neuf le concerne puisqu’il n’est plus "couvert" par une
garantie de reprise dans le cadre d’un contrat avec buy-back. Il y
a un réel transfert du risque du constructeur au transporteur tout
à fait comparable à la "renégociation" d’un contrat d’assurance de
la part d’une compagnie d’assurances.
La valeur du matériel à la revente reste certes faible en valeur
relative par rapport aux autres éléments du coût du transport.
Mais, la revente – bien gérée ou mal gérée – devient la clef d’un
réinvestissement. Au travers de la politique de revente du
matériel, c’est la ligne du bilan "produits exceptionnels" qui
s’affiche. Rassurons les financiers, si celle-ci pèse de plus en
plus dans les bilans, c’est une conséquence de la baisse de la
location financière plutôt qu’un signe d’une faiblesse de
rentabilité des transporteurs.
*Source : Observatoire du Véhicule Industriel (OVI)
Marché artificiel du véhicule d’occasion
Pour mieux comprendre les conséquences de la baisse de
la location financière actuelle, il faut en comprendre l’origine et
les caractéristiques clefs. La location financière, pratiquée à
grande échelle au milieu des années 90, s’est développée alors que
les parcs de véhicules d’occasion récents étaient faibles. Elle
était un moyen de créer une offre sur des véhicules d’occasion
récents. Le contrat tripartite de location financière permettait de
lier la vente, la reprise et le financement du matériel.
Ce type de contrat a permis de soutenir le marché tant au niveau de
la production de véhicules que de la production d’encours
financiers, à une époque de taux d’intérêts élevés. Ces mécanismes
sont bien connus. D’autres mécanismes sous-jacents le sont moins.
La location financière peut être assimilée à un contrat à terme
pour le transporteur qui garantit la valeur de revente de son
matériel. De la même manière, un constructeur qui voit ses ventes
faiblir parce que la valeur de revente de son matériel n’est pas
concurrentielle peut, au travers de la location financière, masquer
la valeur réelle de revente et préserver ses parts de marché.
L’outil qui a rapidement fait le succès de la location financière
est la calculette financière. En rendant transparente la valeur de
reprise, elle a ouvert des possibilités fortes de négociation aux
transporteurs. Il reste que la location financière a été un
formidable accélérateur commercial, avec tous les risques liés à
l’emballement de la formule.
Aujourd’hui apparaît l’idée que la location financière, même
enrichie de packs et de contrats d’entretien, ne peut plus
constituer le support des ventes. Le lissage des coûts et le
transfert des risques d’exploitation qui caractérisent ces formules
commerciales sont devenus nettement plus malaisés. Il est difficile
pour le transporteur de garantir sa valeur de revente. Les valeurs
de reprise, auparavant finement négociées et garanties, sont
devenues des variables impactant directement le transporteur. La
politique de gestion du parc est amenée à devenir plus complète et
réintègre des fonctions qui avaient été externalisées dans le cadre
de contrats de location financière. Ces fonctions sont liées à la
valorisation du véhicule d’occasion. C’est aussi l’ouverture de
nouvelles possibilités. Le réajustement de la location financière
n’est pas le fruit du hasard, c’est bien une nouvelle donne, issue
de la volonté des acteurs du marché.
Origine de la baisse de la location financière...
La première cause de la baisse de la location financière vient
de la politique commerciale des constructeurs. La location
financière crée des engagements comptables "hors bilan" d’une
extrême sensibilité par rapport aux valeurs des véhicules.
Certaines affaires plurales ayant un impact sur le marché du
véhicule neuf ont, dans les mêmes proportions, une incidence sur le
marché du véhicule d’occasion. L’impact de ces engagements hors
bilans étant devenu trop important, le simple maintien de
politiques commerciales basées sur les engagements de reprise est
devenu impossible. N’oublions pas que le risque ne porte pas sur le
stock effectif mais sur l’ensemble des engagements de
reprises.
– Les constructeurs de véhicules ont été amenés à sélectionner les
affaires sur lesquelles ils s’engagent avec des buy-backs. C’est
l’une des premières conséquences pour certains transporteurs
habitués à ce type de financement. Un transporteur qui a basé son
développement sur la location financière et qui se retrouve dans
l’impossibilité de trouver un fournisseur pour ce type de
prestation doit reconsidérer beaucoup de paramètres dans sa
gestion.
– La baisse s’est aussi effectuée par une restriction des
engagements de reprise sous la forme de quotas. C’est évidemment un
moyen puissant de réduire le volume des engagements de reprise,
mais ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas tant la politique des
constructeurs que l’impact sur la gestion des transporteurs. En
effet, les transporteurs, qui ont anticipé cette contrainte, ont pu
adapter leurs plans d’achat et, tout en acceptant ces nouvelles
contraintes, détecter de nouvelles opportunités dans leurs
politiques d’achats. Le panachage des marques au sein des
transporteurs de grande taille est une conséquence visible au
quotidien. Cette ouverture dans les parcs aurait été nettement
moindre si les engagements de reprise étaient disponibles sans
restriction.
– Le troisième levier actionné par les constructeurs est celui du
terme des engagements de reprise. Globalement, les durées de
contrats ont été allongées. La conséquence sur le marché du
véhicule d’occasion est le déplacement du centre de gravité du
marché. La location financière décroît en nombre de dossiers mais
surtout en valeur globale.
... et ses limites
Les transporteurs ont aujourd’hui moins de souplesse au travers
de la location financière. C’est un facteur moins évident que celui
cité ci-dessus, mais clairement identifié au cours de nos
entretiens.
– Les transporteurs ont bénéficié, lors des premiers financements,
de conditions générales de restitution qui leur étaient favorables.
Les conditions de restitution constituent un contrat complexe, qui
doit être mis en œuvre à l’origine et qui demande une certaine
structure pour en assurer le bon déroulement. De plus, la
restitution se déroulant dans un cadre de négociation pour du
renouvellement de matériel, on peut comprendre que la restitution
effective des matériels se fasse au profit des transporteurs. Il a
fallu attendre que les constructeurs mettent en œuvre leurs
politiques de limitation des engagements de reprise pour qu’un
nouvel équilibre se crée. Les conditions de retour des matériels,
aujourd’hui mieux encadrées, laissent peu de place à la
négociation, les frais de remise en état sont anticipés et,
naturellement, la location financière perd l’un de ses attraits.
Certaines conditions, étant même assez sévères (dates de
restitution, documents de bord), créent des coûts additionnels pour
les transporteurs. Des coûts nouveaux sont imputés : coûts
d’expertise, coûts de structures des constructeurs. Au final, ce
sont autant d’éléments qui pèsent dans le choix des transporteurs
et les font se tourner vers d’autres formules.
– La valorisation de l’actif du bilan constitue pour certains
transporteurs un véritable enjeu. La cession d’une société de
transport, la possibilité de nouer des partenariats stratégiques
dépend de la présentation du bilan. A ce titre, le recours massif à
la location financière ne permet pas de disposer d’un actif
proportionnel à l’activité. C’est pourquoi avant même le frein mis
en place par les constructeurs, des transporteurs, privilégiant une
approche valorisant leurs actifs, ont limité le recours à la
location financière. Un bien inscrit à l’actif constitue une source
de plus value potentielle lors de la revente. Nous reviendrons plus
en détail sur cet aspect du problème.
– La location financière, au-delà du schéma financier, permettait
au transporteur de bénéficier du renouvellement rapide des gammes.
Or, sur les cinq dernières années, les gains de consommation, les
changements de cabine sont plus limités. Les évolutions sont
intéressantes mais ne justifient pas un renouvellement tous les
deux ou trois ans comme lorsque la cabine change du tout au tout.
Les transporteurs ont bien pris en compte l’amélioration de la
fiabilité des matériels. Là où le transporteur utilisait les 300
000 premiers kilomètres d’un véhicule, il peut aujourd’hui avec le
même niveau de fiabilité s’engager sur 450 000 kilomètres.
Finalement, le transporteur a aussi fait son compte en temps. Le
temps passé en négociation, en litiges sur les restitutions et sur
la mise en main des véhicules, est de plus en plus pris en compte.
La gestion du renouvellement requiert une véritable logistique.
Lorsque celle-ci induit de véritables gains en terme d’achat, elle
se justifie, mais dès lors que ces gains sont limités, elle devient
pesante et de nouvelles alternatives s’ouvrent.
L’ensemble de ces facteurs fait que la demande des transporteurs,
pour des financements en location financière, s’oriente aussi à la
baisse.
L’analyse réalisée auprès des sociétés de financement révèle que
celles-ci ne sont pas non plus totalement favorables à la location
financière. De par leur métier, intervenant dans d’autres
catégories de matériel, elles connaissent le risque lié aux valeurs
résiduelles, même si celui-ci est porté par des tiers. Une baisse
des prix du marché du véhicule d’occasion et c’est toute la
constitution de leur risque qui augmente. Mais, surtout
aujourd’hui, elles peuvent proposer des produits plus classiques
tout en restant concurrentielles. Les taux étant bas, la différence
entre un financement en créditbail et en location financière est
moins sensible.
Conséquences sur l’organisation du marché de
l’occasion
La location financière a répondu aux attentes de nombreux
intervenants du marché jusqu’à ce jour. Son recul n’est pas le fait
du hasard et crée, aujourd’hui, de nouvelles conditions sur le
marché du véhicule d’occasion avec un impact sur la gestion des
transporteurs. La première observation se fait au niveau des
constructeurs. La réduction forte des stocks observée entraîne une
moindre interférence entre le marché et les constructeurs. La
structure commerciale des constructeurs est liée au stock et non au
marché potentiel. Ceci se comprenant tout à fait, le métier du
constructeur étant de vendre du véhicule neuf, il a plus intérêt à
transférer ses effectifs à la vente de véhicules neufs qu’à
continuer à travailler un marché annexe. Pour le transporteur, cela
signifie que le rôle du constructeur dans la reprise est amené à se
réduire. Pour les flottes qui s’appuient sur les reprises des
constructeurs, plus elles seront à même de gérer par elles-mêmes
leurs véhicules d’occasion, plus elles auront de possibilités de
négociation à l’achat. Il y a presque un métier à développer au
sein des organisations achat des flottes.
La négociation du véhicule d’occasion se fait bien entendu par le
distributeur-concessionnaire. Pour que celui-ci revende le matériel
au mieux, le véhicule doit être au plus près des attentes du marché
de l’occasion. Aujourd’hui, le transporteur définit son véhicule
neuf avec son vendeur de véhicule neuf. Mais s’assure-t-il que son
choix maximise la valeur de revente à terme ? Or, c’est bien à la
définition du matériel que se créent les conditions de revente. La
maximisation de la revente est liée à cette prise en compte en
amont.
Les nouveaux circuits de revente
Le marché du véhicule d’occasion a beaucoup évolué en 10 ans et
les transporteurs en sont aujourd’hui plus proches. Leurs choix
techniques impactent directement leur capacité de revente.
Aujourd’hui, les transporteurs sont sollicités en direct par des
acheteurs internationaux. Ceux-ci se fournissaient auparavant chez
les concessionnaires. Aujourd’hui, ces acheteurs sont capables de
démarcher directement les transporteurs utilisant les silhouettes
recherchées. L’usage plus courant de l’anglais, le paiement par
Swift, l’utilisation de l’euro sont autant de moyens nouveaux qui
facilitent les échanges directs. Les transporteurs actifs
organisent la revente par leurs services internes. Certaines
filières sont privilégiées pour leur régularité d’achat, d’autres
pour leur niveau de prix. La revente en directe permet de mieux
peser sur des achats réalisés sans reprise auprès des
constructeurs.
Nouveaux comportements, nouveaux outils, les sites Internet des
transporteurs créent des liens avec les négociants – français ou
internationaux. Les transporteurs que nous avons rencontrés, qui
sont actifs à la revente, connaissent la valorisation de leurs
matériels et les débouchés. Ils y trouvent une réelle source de
plus value et une grande souplesse de gestion de leurs actifs
puisqu’ils ne lient pas le véhicule d’occasion à l’achat d’un
véhicule neuf.
Les transporteurs efficaces en matière de revente savent qu’ils
disposent d’un réel levier de compétitivité. L’ensemble de la
profession pourrait d’ailleurs tirer un meilleur parti de cette
possibilité. Les filières d’écoulement à l’international ont encore
de larges perspectives. Le recul de la location financière, les
nouvelles conditions de marché, créent des risques et des
opportunités pour la rentabilité de la branche transport. A
certains égards, cela peut même modifier le métier du
transporteur.
• Au travers de la baisse de la location financière, les stocks ne
constituant plus, ni pour les constructeurs, ni pour les
concessionnaires, une variable d’ajustement par rapport au marché
réel, le marché rapproche l’offre de la demande. En conséquence,
les choix techniques effectués par les transporteurs sont de leur
responsabilité directe. Un transporteur définissant un véhicule
avec des options incompatibles avec le marché de l’occasion
revendra difficilement son matériel. Un équilibre est à trouver
entre la définition technique propre au besoin de transport et les
qualités du matériel sur le marché de la revente. De même, des
durées de détention non conformes aux attentes du marché de
l’occasion rendront le matériel difficile à recommercialiser. Une
approche et une connaissance des besoins du marché de l’occasion
seront nécessaires aux transporteurs pour optimiser leur
revente.
• Une autre source de risque pour le transporteur est de lier
entièrement l’achat du véhicule neuf à la reprise de l’occasion. En
effet, ce n’est pas la qualité de la reprise par le concessionnaire
qui guide le choix du véhicule neuf. La meilleure offre de reprise
n’est pas toujours liée à la meilleure offre technique de véhicule
neuf. Ce cas privilégie fortement le court terme au détriment du
moyen, voire, long terme. En d’autres termes : comment, à partir
d’un marché de l’occasion fluctuant et de plus en plus aléatoire,
construire une politique d’achat revente qui garantisse la
pérennité des entreprises de transport ?
• Finalement, bien que révélée en filigrane, le dernier risque
auquel s’expose le transporteur aujourd’hui, c’est la concurrence
sur le marché de la revente de la part de ses homologues. La
revente de matériels spécifiques impacte directement un marché
transport. A l’inverse, des transporteurs ayant pris pied sur
certaines filières export disposeront d’un avantage concurrentiel
fort par rapport à leurs confrères. Comme souvent, lorsque le
marché subit une évolution de fond, les risques existent mais
ouvrent aussi de nouvelles perspectives.
Opportunités de développement
Les opportunités se révèlent pour les métiers de la location. La
location Full Service a longtemps été promise à un brillant avenir.
L’attente du marché, la force des propositions en Full Service ont
permis aux loueurs de réaliser certaines de leurs ambitions. En
réponse, la location financière, liée au contrat d’entretien, a
constitué une offre concurrente attractive proposée par les
constructeurs et les concessionnaires. Le développement de la
location Full Service s’en est trouvé freiné mais, aujourd’hui,
elle reprend sa croissance. Des métiers du transport s’ouvrent au
développement de nouvelles offres : transport sous température
dirigée, transport de matériaux et transport de fuel.
Traditionnellement orientés vers les transports pour compte propre,
les loueurs s’orientent dans des filières métiers. Bien sûr,
l’objectif du loueur consiste à produire du service sur la totalité
des équipements mais c’est aussi et surtout de maîtriser la valeur
résiduelle.
La réussite de la location Full Service aujourd’hui est une
réussite sur le marché de l’occasion. La valeur résiduelle n’est
pas bloquée et prévue à date fixe: 36 ou 48 mois, comme en location
financière. Elle est gérée dynamiquement en fonction des
opportunités de revente. Cette première différence, essentielle,
lui donne un atout majeur par rapport à la location financière. De
plus, les options sont spécifiquement négociées en fonction de la
meilleure revente possible. La position du loueur, propriétaire du
matériel, lui permet de faire les meilleurs choix. Les loueurs qui
optimisent aujourd’hui leurs circuits de revente sur des véhicules
spécifiques progressent en parts de marché comme en profitabilité.
Si les buy-backs ont amené les constructeurs à mettre en place des
structures spécifiques, les véhicules d’occasion générés par les
constructeurs dans le cadre de leurs filiales de location
amèneront, à court terme, une réflexion et de nouvelles
organisations. La baisse de la location financière constitue un
nouvel élan pour les loueurs.
Pour les loueurs, l’opportunité est claire. Pour les transporteurs,
l’opportunité existe aussi. L’offre de location, qui restait du
fait du "tout packagé" encore onéreuse, redevient aujourd’hui
compétitive. Les transporteurs disposent en effet de repères avec
l’exemple de la location : l’idée que la réussite, dans un métier,
provient de la gestion dynamique de la valeur résiduelle, peut
inspirer ces derniers. En terme de gestion, cela amènerait les
transporteurs à suivre l’opportunité donnée par le marché à céder
ou à acheter du matériel. Déterminer la date de cession du véhicule
d’occasion en fonction de la date d’achat du véhicule neuf ne
suffit pas. Il y a nécessité d’un suivi plus régulier et plus
opportuniste du marché de l’occasion.
L’opportunité forte qui s’offre aux transporteurs est d’améliorer
sensiblement leurs plus-values exceptionnelles. La demande étant
plus proche de l’offre, les stocks de véhicules d’occasion plus
tendus aujourd’hui, il y a, à la fois, moins d’intermédiaires et
moins de risques sur les prix. Le transporteur, ayant anticipé les
bonnes silhouettes et ouvert les bonnes filières de revente en
direct, dispose d’une source de rentabilité qui peut faire partie
de sa gestion. Ce n’est pas le fruit du hasard. Etre performant
dans le domaine de la revente ne fera pas la réussite à elle seule
de l’entreprise, mais un véhicule bien choisi, bien entretenu et
dont la revente a été pensée est le révélateur de la qualité de
gestion de l’entreprise de transport. Montrez-moi vos véhicules
revendus, je vous dirai qui vous êtes !
La revente intégrée à la gestion
La qualité de la revente donne au transporteur une latitude
financière. Non seulement la vente s’inscrit en trésorerie, mais
elle donne aussi au transporteur la possibilité de disposer d’un
premier loyer majoré pour son crédit-bail. Si la location
financière est en recul, le crédit bail reprend du terrain.
Améliorer de X la valeur de revente, c’est améliorer de X, majoré
des intérêts, sa rentabilité. Il y a là un véritable levier pour
améliorer la profitabilité des entreprises de transport. L’achat de
véhicule et la revente faisant parti d’un même cycle, au travers
d’une politique de revente ad hoc, le transporteur se donne les
moyens d’arbitrer sur la valeur du premier loyer majoré.
L’achat et la revente font bien parti du même cycle, mais il n’y a
aucune raison pour que ces deux événements soient simultanés. Le
fait de les dissocier permet de tirer avantage du marché de
l’occasion, mais aussi de réaliser des opérations spot sur le
véhicule neuf lorsqu’elles se présentent. Une part du métier de
transporteur est de bien exploiter le matériel. Pour bien faire ce
métier, bien acheter ne suffit pas, il faut avoir construit un
système d’achat – revente performant. Les critères de revente
s’intègrent aujourd’hui à la politique d’achat et le transporteur a
un tel regard sur le marché de l’occasion qu’il en devient presque
négociant. La différence avec la situation d’il y a cinq ans, c’est
que le marché le permet et que les conditions techniques (Internet,
ouverture de l’Europe, paiements par Swift) le rendent
possible.
Le nouveau marché de l’occasion donne aussi au transporteur des
possibilités d’achats rapides. Trouver un véhicule spécifique pour
un contrat à démarrer rapidement peut se faire par le marché de
l’occasion. La recherche se fait à moindre coût et sans
intermédiaire. Pour optimiser la revente, sans prendre de plein
fouet les risques générés par le marché de l’occasion, les
transporteurs sont amenés à prendre des dispositions
d’organisation.
Pérennisation de la revente
Aujourd’hui, les transporteurs sont sollicités par des
intermédiaires ayant mandat pour réexporter le matériel. Ce ne sont
pas tout à fait des "filières ". C’est le résultat d’un phénomène,
comme nous l’avons montré, plus général d’organisation du marché de
l’occasion avec un sourcing direct. Il revient au transporteur
d’utiliser ce mouvement pour l’organiser, et le pérenniser.
N’oublions pas que sur la revente, bien des acheteurs peuvent aussi
se fournir dans d’autres pays. Il est donc important de travailler
ces contacts pour que la revente ponctuelle se transforme en flux,
le contact en relation commerciale.
A partir de cette base, et ayant la volonté de mieux revendre ses
véhicules, le transporteur doit disposer d’outils de revente. Une
liste des véhicules à la revente, des descriptifs, des suivis
d’entretien et des plannings de mise à disposition intéressent les
acheteurs. La responsabilisation en interne de la revente est aussi
très importante. Le contrôle et la confiance sont essentiels à la
réussite d’une politique de revente.
Le suivi du marché, au travers d’indicateurs, de la presse, comme
des sites Internet, permet au transporteur de se forger rapidement
une idée sur les valeurs de revente et sur l’objectif qui doit être
le sien.
De manière essentielle, le transporteur doit se faire connaître.
Lorsque la constitution de sa flotte l’amène à travailler des
filières de revente spécialisées, une approche de type partenariat
sera souhaitable. Dans le cas où les véhicules sont nombreux et peu
distincts, une approche de type appel d’offre sera recommandée. La
définition de la politique de revente requiert autant de finesse
que la politique d’achat. Pour se faire connaître, le site Internet
sera un maillon indispensable, mais en fonction de l’objectif, le
site sera décliné dans sa présentation. Nous avons confronté les
objectifs des transporteurs avec la présentation de leur site
Internet. Certains ne font pas état de leur organisation au niveau
de la revente pour éviter un afflux de demandes inutiles, mais le
site reste une bonne porte d’entrée pour l’acheteur qui sait que le
transporteur revend lui-même son matériel. On peut rester discret
vis-à-vis du grand public tout en communiquant auprès de
professionnels qui savent ce qu’ils recherchent.
|
| La part de la location financière va se stabiliser. D’ores et
déjà sa baisse significative a impacté le marché du véhicule
d’occasion. De ce fait, le transporteur a plus de responsabilité
dans la gestion de la revente. Prendre un rôle actif constitue une
réelle opportunité. Les actions à mettre en place pour mieux
revendre les véhicules nécessitent analyse et adaptation de la part
des transporteurs. L’enjeu est important. Les transporteurs peuvent
améliorer significativement leur rentabilité globale sur leur poste
achat par une gestion plus directe des véhicules d’occasion. Le
remodelage du marché et les possibilités ouvertes par la
technologie (Internet, photos numériques) poussent les
transporteurs à plus d’implication. La revente qualitative des
véhicules d’occasion sera un bon indicateur de la qualité de la
gestion de parc et, au final, un point important lors de la
présentation des bilans. Alors, autant l’organiser à bon escient,
en faisant appel aux outils actuels mis à la disposition des
transporteurs, dans le suivi des valorisations comme dans la
revente des matériels. |
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Erwan BERNARD
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