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Les Cahiers de l'Observatoire n°205, Mai 2004

Commerce, agroalimentaire et distribution

Le commerce, l'agroalimentaire et la distribution représentent (avec les produits manufacturés) les principaux marchés du TRM. La croissance attendue en France, en 2004, se situera entre 1% et 2%. Une progression relativement modeste qui découle directement de la quasi-stagnation des revenus des ménages en 2003 (seulement +0,3%). Par ailleurs, pour 2004, la perspective de nouvelles cotisations sociales encourage les consommateurs à épargner plutôt qu'à dépenser. Cela d'autant plus que la situation du chômage pèse lourdement sur leur moral. Plusieurs phénomènes affectent la croissance du commerce : en premier lieu, le tassement du pouvoir d'achat des ménages en 2003 (et 2004 va peser sur les intentions d'achat), en second lieu, le vieillissement de la population modifie le volume et la nature de la consommation, enfin, les évolutions sociologiques segmentent de plus en plus la demande. La consommation des ménages, qui constitue en 2004 le principal moteur de la croissance (avec les exportations), explique en grande partie l'atonie de l'activité générale.


Secteur agroalimentaire : petite croissance en 2004

Le secteur agroalimentaire représente environ 4% du PIB européen. C'est un secteur client important du TRM. En France, la croissance dépasse légèrement 1% par an depuis 1995. Pour 2004, il ne faut pas s'attendre à des progressions nettement plus substantielles. Les crises sanitaires n'expliquent pas tout ; en f ait , c'est l a consommation des ménages qui s'essouffle. La France semble cependant s'en tirer un peu mieux que les autres pays.

Le marché intérieur des quinze souffre, d'une part, d'une certaine saturation et, d'autre part, de la timidité de la consommation des ménages. Une croissance forte n'est guère à attendre du marché intérieur. On compte désormais sur l'élargissement de l'Union et sur les négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour redonner un coup de fouet au secteur agroalimentaire.

 

Il faut, à cet égard, s'attendre à de gros investissements dans les pays devenus membres de l'Union en 2004. Des modifications d'organisation logistique sont aussi à craindre dans les prochaines années, du fait de certains phénomènes de délocalisation, notamment pour les denrées non périssables.

L'agroalimentaire a été fortement secoué par des vagues de fusions-acquisitions au cours de ces dernières années et notamment en 2000 (60 milliards de dollars en 2002, 77 milliards en 2001 et 236 milliards en 2000). Les restructurations ne sont pas terminées et elles affectent maintenant la branche lucrative des boissons. Pernod Ricard, par exemple, a acquis 30% de Seagram, se replaçant ainsi parmi les premiers mondiaux (il représente désormais 7% du marché des vins et spiritueux et devient le numéro trois mondial).

 

La branche de la bière, dont la structure est très éclatée, est en pleine restructuration. Par exemple, il faut noter l'irruption sur le marché européen de l'Américain Coors avec l'acquisition du Britannique Carling. Dans le marché de l'eau, il faut souligner l'entrée des géants Coca-Cola et Pepsi-Cola. Danone, du coup, a dû confier, en Amérique du Nord, la commercialisation d'Evian à Coca-Cola. En France, la scission d'Eridania Beghin Say a été l'occasion pour les groupes américains de se placer en Europe. Cargil a ainsi repris Cerestar et Bunge Cereol, producteur de l'huile Lesieur. Bunge Cereol devient ainsi le premier transformateur mondial d'oléagineux.

 

Dans l'agroalimentaire, la mondialisation s'accélère, pour ne citer qu'un exemple c'est l'acquisition, par le Sud Africain SA, du numéro deux de la bière aux Etats-Unis : Miller.

 

Commerce et distribution :reprise en 2004 mais moins soutenue que prévue

Le secteur du commerce et de la distribution représente l'un des principaux secteurs client du TRM. Un secteur qui a été relativement déprimé en 2002 (sauf au Royaume-Uni), ce qui n'a pas été sans conséquence, tant sur l'activité transport que sur le niveau des prix routiers. Pour 2004, on attend un rebond mais finalement tout dépendra de l'évolution de la confiance des ménages, laquelle est largement conditionnée par le taux de chômage.

Le commerce est un secteur majeur de l'économie, il représente environ 10% du PIB. L'Allemagne vient en tête en valeur de production, suivie du Royaume-Uni, de l'Italie et de la France.

Après un très fort taux de croissance sur la période 1995-2001 en France (3% en moyenne), le tassement a été très net en 2002 (seulement +0,6%). En 2003, la reprise a été de faible ampleur (+1,1%). On espère donc avoir touché le fond et qu' un rebond se produira surtout en France. L'Allemagne, quant à elle, devra se contenter d'une petite croissance de 1% et le Royaume-Uni pourrait voir la sienne se stabiliser après une période assez euphorique.

Ce fléchissement provient surtout des inquiétudes des ménages vis-à-vis de leurs revenus. Inquiets en particuliers de la montée du chômage mais aussi des déficits publics, ils préfèrent épargner plutôt que de dépenser. C'est encore plus vrai en France où le taux d'épargne avoisine les 17%.

La mobilisation de cette épargne ne sera pas facile dans la mesure où on ne peut à la fois inciter les ménages à consommer et dans le même temps à épargner afin de compenser le manque à gagner prévisible sur le futur régime des retraites et sur le régime maladie. La situation du chômage nourrit aussi la prudence des consommateurs car pour l'instant la petite croissance constatée n'est pas suffisamment forte pour créer de manière significative des emplois.

 

 

Le phénomène discount

Un autre phénomène très important est le développement des magasins discount qui concerne aussi bien le petit commerce que les grandes surfaces traditionnelles. La croissance la plus forte a été constatée en Allemagne avec une progression de 30% en une année et 12% en France. Au début, ce type de commerce s'adressait aux ménages à très faible revenu mais progressivement sa cible s'élargit.

Il faut aussi noter des évolutions sociologiques qui modifient le comportement des acheteurs, par exemple, le vieillissement de la population qui influence la structure et le volume des produits vendus. En outre, la multiplication des ménages mono-parentaux, l'augmentation du taux d'activité féminine et la fragmentation des goûts conduisent à des aspirations individuelles bien différenciées qui ne sont pas toujours compatibles avec des gains de productivité permis par des productions de masse.

A côté de la distribution classique de type généraliste se développe aussi la concurrence des magasins spécialisés, c'est le cas pour les vêtements, les équipements de sport, le bricolage, la Hi-Fi, etc. Enfin, il faut observer que de nouvelles formes de distribution progressent du fait, en particulier, du vieillissement de la population avec la vente par correspondance ou la vente directe.

L'innovation (notamment le développement des produits de marque) va influencer fortement le commerce afin de tenter de mieux répondre à l'évolution qualitative et quantitative des besoins des consommateurs. Les acteurs économiques seront contraints, pour fidéliser leur clientèle, d'offrir toujours plus de produits et de services sans, bien entendu, renoncer à leur compétitivité, deux objectifs qui sont parfois difficiles à concilier à moins d'exercer une pression supplémentaire sur les fabricants. La concurrence est toutefois freinée par les droits d'entrée prohibitifs sur le marché de la distribution. Cela amplifie le mouvement de concentration tant chez les distributeurs que chez les fabricants ; le commerce électronique viendra sans doute insuffler une compétitivité accrue lorsque seront suffisamment standardisées et stabilisées les procédures des contrats.

 

Faute de pouvoir d 'achat suffisant le consommateur pèse sur les prix

La dégradation des revenus amène les consommateurs à exercer une contrainte de plus en plus soutenue sur les prix. Les distributeurs, après avoir multiplé les offres promotionnelles, ont atteint leurs limites dans ce domaine au point que les marges ont été entamées. Pour contourner l'obstacle, beaucoup de grands commerces développent désormais leurs propres marques, source de productivité mais aussi de pressions nouvelles sur les fabricants. Ce phénomène ne cesse de croître au point que les marques des distributeurs représentent jusqu'à 40% au Royaume-Uni. La pression sur les prix influence la structure du secteur. La distribution traditionnelle ne cesse de diminuer au profit des grandes surfaces.

La situation est variable selon les pays européens puisqu'on compte 10 000 magasins pour un million d'habitants en Italie, 7 800 en France et seulement 5 000 de répondre à cette concentration par des organisations en franchise ou par des groupements d'achat mais la lutte semble bien inégale.

 

Concentration

En terme de concentration capitalistique, la France n'est pas mal placée en Europe, surtout depuis le regroupement Carrefour-Promodès réalisé en 1999. L'Europe de la distribution et du commerce est en route, y compris pour les indépendants. Leclerc a conclu un accord avec Conad, le deuxième distributeur italien. Le groupement des Mousquetaires s'est associé, en fin d'année 2002, avec le groupe espagnol Eroski, numéro deux dans son pays. A noter parmi les restructurations, la reprise par les Galeries Lafayette d'une grande partie de Marks et Spencer France. On pourrait assister prochainement à d'autres concentrations comme par exemple le rachat de Monoprix (actuellement propriété des Galeries Lafayette) par Casino.

 

En France, on trouve 8 sociétés qui effectuent un chiffre d'affaires supérieur à 10 milliards d'euros. Carrefour vient largement en tête, puis les Mousquetaires, PPR (Printemps-Pinault-Redoute), Auchan, Leclerc, Rallye, Système U et Casino. Autant de distributeurs très connus des transporteurs et dont les fusions sont toujours porteuses à terme de réorganisations logistiques. Des restructurations qui s'effectueront désormais de plus en plus dans l'espace européen.

 

Perspectives

Il est clair que la quasi-stagnation du pouvoir d'achat en 2003 (+0,3%) a pesé sur l'évolution du commerce et de la distribution. Pour 2004, il ne faut pas s'attendre à une hausse des revenus des ménages, d'autant que de nouveaux prélèvements des cotisations sociales sont à prévoir (pour la Sécurité sociale et pour l'UNEDIC) et, d'une manière générale, pour le comblement des déficits publics.

Cependant, la faible croissance prévisible dans les 5 plus grands pays européens pourrait être en partie compensée par le développement dans les PECO. L'élargissement de l'UE à 25 constitue une opportunité dans la mesure où se manifeste, chez les 10 nouveaux entrants, une frénésie d'ouverture de centres commerciaux, notamment en Pologne, en République tchèque et en Hongrie. Les leaders, pour ces implantations, sont : GEANT, CARREFOUR, TESCO, AUCHAN et CORA. La question est évidemment de savoir si le pavillon routier français pourra en bénéficier.

Source : BIPE - DUN ET BRADSTREET - LES ECHOS - COMMISSION EUROPÉENNE

Gaston BESSAY


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