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Les Cahiers de l'Observatoire n°204, Avril 2004

Cuir-textile : baisse conjoncturelle et structurelle

Le cuir-textile subit les conséquences du ralentissement de la consommation mais à cela s'ajoute une crise plus structurelle liée à la concurrence des pays en voie de développement, dont les coûts de production ne sont en rien comparables à ceux des pays développés. Par ailleurs, certaines marques européennes (et bien entendu françaises) se sont aussi engagées dans des mouvements de délocalisation pour bénéficier d'un environnement plus compétitif.


Le secteur "industrie textile, habillement, cuir, chaussures" regroupe les activités de l'industrie du textile, de l'habillement et des fourrures, du cuir et de la chaussure. La France mais encore davantagel'Allemagne et le Royaume-Uni ne cessent de voir leur production se réduire. Ce qui n'est pas le cas de l'Italie où ce secteur représente 5% de l'ensemble de l'économie.

 

Production en 2000

 

La baisse enregistrée dans les principaux pays de l'Union européenne s'est amplifiée fin 2000. Le textile et le cuir sont particulièrement concurrencés en Europe par des pays à bas coûts de production. Par ailleurs, beaucoup de marques se délocalisent pour bénéficier d'un environnement de production plus compétitif. L'évolution de ce secteur est représentatif du phénomène de mondialisation qui contraint les pays développés à abandonner progressivement des productions à faible contenu technologique et qui peuvent être facilement transférées dans des pays en voie de développement (Asie, Maghreb, voire Afrique).

 

Croissance moyenne annuelle de la production (en pourcentage) * Prévisions

 

Evolution du chiffre d'affaires en France (en indices - Base 100 en 1996)

 

En France, les importations ont été plus fortes que les exportations. Sur les produits standards, ce phénomène est dû à la concentration de la distribution qui exerce une pression sur les prix et favorise ainsi les importations. Le bon niveau du chiffre d'affaires, en regard de la production, est dû en France, au recentrage sur des produits à forte valeur ajoutée. La France jouit en effet encore d'un certain prestige en matière de mode et peut valoriser certaines productions. Ceci étant, le différentiel de compétitivité avec des pays émergents est tel que cet atout ne suffira pas pour conserver longtemps son niveau d'activité à ce secteur.

 

Volume de production (en pourcentage) *Allemagne - Italie - Royaume-Uni

 

Evolution des capacités de production de textile en France (glissement annuel en pourcentage)

En effet, en dépit de la modernisation de l'appareil de production, ce secteur est encore un grand consommateur de main-d'œuvre. Compte tenu des coûts salariaux français, il est clair que notre pays ne peut rivaliser avec d'autres producteurs. De ce point de vue, il faut aussi s'attendre à un effet très négatif des 35 heures qui renchérissement le coût du travail. On voit nettement que les capacités de production ne cessent de diminuer et malheureusement le mouvement est loin d'être terminé. Il faut par ailleurs relativiser le contenu national de certaines productions compte tenu des imports, réexportés parfois même dans des conditions de légalité sujettes à discussion.

L'impact de l'Asie

Les productions en provenance de l'Asie pèsent lourdement sur la compétitivité des produits français. Pour la chaussure par exemple, les principaux concurrents sont la Chine, le Vietnam, l'Indonésie ou encore la Thaïlande. Désormais, l'Asie représente les trois quarts de la production mondiale. Les importations françaises de chaussures et autres produits chaussants ont progressé de 9% en 2002. Cela représente 277 millions de paires de chaussures dont 150 millions pour le seul Sud-Est asiatique. Dans le même temps, les ventes de la filière française reculent de 5%, soit 97 millions de paires. Le même phénomène concerne aussi le textile. Du coup, le secteur s'engage dans un double processus : la soustraitance et la délocalisation. Ce mouvement engagé depuis cinq ans s'accélère, notamment pour les produits bas de gamme. Il est particulièrement difficile de cerner l'ampleur du phénomène. Officiellement, 90% des chaussures "made in France" sont fabriquées en France. En réalité, la plupart des productions sont réalisées à l'étranger et seul l'assemblage est effectué dans l'hexagone. Le secteur, qui enregistrait 250 sociétés en 1995, n'en comptait plus que 183 à fin 2002. Les emplois ont fondu d'un tiers dans le même temps. Ils passent de 29 500 en 1995 à 18 500 en 2001. En 2002, le repli atteint encore de

l'ordre de 10%. Afin de s'adapter à ce contexte particulièrement concurrentiel, la profession est ainsi en train de passer d'une logique de producteur à une logique de création et de marketing. Seul le secteur du luxe français est un peu épargné par l'internationalisation de la production. L'Italie constitue un concurrent sérieux pour la France. Pour le reste du textile le recul est significatif. En 2002, les importations de textile et habillement ont atteint plus de 19 milliards d'euros alors que les exportations se montaient à moins de 13 milliards d'euros. Le pire est encore à venir car, avec l'entrée de la Chine dans l'OMC, il reste peu de temps avant la libéralisation totale des échanges mondiaux avec ce pays.

 

Source : COMMISSION EUROPÉENNE - BIPE - LES ECHOS

Gaston BESSAY


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