Accueil > Etudes CNR Europe > 60% du commerce extérieur de la France s'effectue désormais à l'intérieur de l'Union économique
Version imprimable

Les Cahiers de l'Observatoire n°203, Mars 2004

60% du commerce extérieur de la France s'effectue désormais à l'intérieur de l'Union économique

L'analyse des échanges met d'abord en évidence la réorientation du commerce extérieur vers l'Union économique. Alors qu'il y a 20 ans, nous commercions davantage avec les pays hors Union, en 2000, la part dominante des importations et des exportations s'effectue avec les 15. Le basculement s'est effectué il y a une dizaine d'années. Le processus d'intégration lève progressivement les obstacles aux échanges de biens. Par ailleurs, dans bon nombre de secteurs économiques, on assiste à une européanisation des processus de production et de distribution. La création de l'euro (qui supprime les risques d'évolution des taux de change) va encore constituer un accélérateur d'intégration.


Pour apprécier le commerce extérieur, deux indicateurs sont ici utilisés : les tonnages, bien entendu, mais aussi la valeur des marchandises qui prend mieux en compte l'évolution structurelle de la nature du commerce international.

Part des échanges en 2000 (en pourcentage)


 

Total des échanges (en millions de tonnes)


En valeur, la part échangée avec l'Union économique est plus forte qu'en tonnage. Cela signifie que les marchandises transportées entre la France et l'Europe sont porteuses d'une plus grande valeur ajoutée que celles transportées entre la France et le reste du monde (hors UE). Rien d'étonnant à cela dans la mesure où les pays européens considérés sont relativement développés et que leur production, et donc aussi les échanges, s'orientent vers des produits riches susceptibles d'être moins concurrencés par des pays au niveau de développement plus faible.

 

Part des valeurs des échanges en 2000 (en pourcentage)

 

En valeur, la place de l'Europe par rapport aux autres pays est encore plus importante. Près de 60% de notre commerce international s'effectue au sein de l'Union économique. Ce pourcentage pourrait atteindre 80% d'ici quelques années avec l'entrée, en 2004, de 10 nouveaux pays au sein de l'Europe. Bien entendu, parmi les accélérateurs d'échanges, il faut aussi signaler l'intense période d'acquisitions d'entreprises en 1988-1990 puis, les méga fusions initiées à partir de 1996, qui malheureusement n'ont pas toutes été des réussites ; certaines se sont traduites par des endettements et des pertes significatives. Du fait de la crise économique et financière, les échanges vont nécessairement se tasser mais, sur une longue période, la progression est assurée. L'internationalisation continue aussi de croître en valeur absolue avec les zones hors Union économique, même si la part relative diminue. Depuis les années 90, les valeurs échangées évoluent de manières assez parallèles.

 

Total des valeurs des échanges (en milliards de francs)


Pour les transports maritimes, en tonnage, les échanges avec le monde (hors UE) régressent depuis vingt ans. Deux raisons à cela : la réorientation du commerce français vers l'Europe qui privilégie moins le mode maritime et, par ailleurs, la détérioration substantielle du pavillon français. Du fait de l'attractivité des ports du nord de l'Europe, bon nombre de flux maritimes sont en fait intégrés dans les flux routiers (cas par exemple d'un conteneur entre Singapour et Lyon passant par Rotterdam). Il faut souligner le décalage des progressions respectives des valeurs et des tonnages. La différence est nettement plus marquée en export qu'en import. Les ventes à l'étranger portent sur des biens beaucoup plus riches que ceux à l'importation.

 

Mer - Total des échanges FAB (franco à bord)


 

Globalement, la part du fer en transport international régresse. C'est évidemment très surprenant. On sait, en effet, que le commerce international sur une longue période progresse en moyenne davantage que la croissance interne. Par ailleurs, structurellement, le rail est plus performant sur longue distance que sur courte distance. La zone de pertinence technique se situe autour de 500 km. Or, pour bon nombre de flux, un trajet de 500 km a un caractère international. Il est clair que les dysfonctionnements internes à chaque réseau, l'absence de réelle offre européenne constituent un obstacle au développement du fer. En dépit de cela, les valeurs augmentent. Une telle évolution découle de la diminution des courants de trafic portant sur des marchandises pauvres (pondéreux, matières premières).

 

Fer - Total des échanges FAB

 

Tendanciellement, le trafic international de la voie d'eau régresse. Les volumes échangés sont relativement faibles par rapport aux autres modes. L'absence de liaison inter-bassins à grand gabarit nuit évidemment au commerce international fluvial. D'autres raisons sont à prendre en considération, comme la baisse tendancielle des marchandises à faible valeur et la qualité de l'offre. Dans toute l'Europe, le transport fluvial régresse. Certains pays ne disposent d'aucun réseau fluvial.

 

Voie d'eau - Evolution globale de la part de marché en Europe (% des TK)

 

Air - Total des échanges FAB

Pour le transport aérien, les appréciations en tonnage ne sont sans doute pas très pertinentes. En effet, ce sont les flux les plus riches qui empruntent ce mode. L'observation des évolutions des valeurs est certainement plus intéressante. De ce point de vue, il faut noter la très nette croissance du commerce européen par avion. Il convient peut-être de relativiser un peu ce résultat théorique dans la mesure où certain flux, circulant avec des lettres de voiture de transport aérien (LTA), sont en fait acheminés par camion, d'ailleurs tout aussi rapidement (cas des échanges avec la Belgique par exemple). Le fret aérien est encore handicapé par le niveau de ses coûts, l'arrivée de très gros porteurs spécialisés devrait booster un peu ce transport.

 

Route - Part de marchés dans l'UE en 2000

La route vient nettement en tête pour l'international entre la France et le reste de l'Europe, aussi bien en tonnage (57%) qu'en valeur (66%). L'évolution la plus significative concerne la valeur transportée. Toutes les variables progressent mais la hausse des valeurs traduit bien le positionnement routier sur les flux hauts de gamme, c'est-à-dire les plus riches mais aussi les plus exigeants.

 

Route - Total des échanges FAB

A l'importation, en part relative, il faut souligner la baisse des tonnages du charbon, des minerais, des engrais et des hydrocarbures. A l'inverse, les produits chimiques, les produits alimentaires et les produits manufacturés progressent. En valeur, l'agroalimentaire diminue mais cela tient au faible prix de ces marchandises comparé en particulier à celui des produits manufacturés.

A l'exportation, on relève à peu près les mêmes tendances, notamment avec le poids prépondérant des produits manufacturés. Comme déjà indiqué, près de 60% du commerce international s'effectue à l'intérieur de l'Union économique, la route est donc bien placée sur le plan des zones de pertinence géographique. Par ailleurs, la nature des biens échangés exige une qualité d'offre qu'actuellement seule la route peut fournir.

A l'importation, la valeur des marchandises transportées par route chez les 15 a été multipliée par 4 en
20 ans alors que celle du fer a à peine doublé et que celle de la voie d'eau a stagné. Il faut souligner l'importance du commerce par route hors de l'Union économique et en particulier la valeur des marchandises (à noter qu'il s'agit le plus souvent de pavillons étrangers et que leur forte présence à l'import a des conséquences sur les exports du pavillon français). La plupart des échanges concernent des pays européens ne faisant pas encore partie de l'Union économique. L'entrée de 10 nouveaux pays dans l'Union devrait modifier la répartition des imports.

 

Evolution de la structure du commerce extérieur par produit

 

 

Route - Import CAF (coût, assurance, fret)


On retrouve à peu près les mêmes tendances à l'export, notamment la très forte croissance de la valeur des marchandises à l'intérieur de l'Union économique. Là encore la valeur routière a plus que quadruplé tandis que celle du fer a seulement doublé (doublement dû à la baisse des tonnages ferroviaires).

 

Route - Export FAB

L'étude des échanges met en évidence deux phénomènes structurels, d'une part, la très nette réorientation du commerce international vers l'Union économique et, d'autre part, la croissance des transports routiers. La corrélation entre cette croissance et celle de la valeur des marchandises traduit une exigence de qualité que, pour l'instant, seule la route peut fournir. L'écroulement des tonnages ferroviaires témoigne de l'inadaptation du rail et de l'ampleur des réformes à entreprendre pour redynamiser ce mode.

 

Source : SES - DGDDI - DATASTREAM - DUN BRADSTREET - BREC

Gaston BESSAY


Haut de page